C'est-Ă -dire ? L'art, contemporain ou moins, vous parlerait mais il faudrait Ă la VO quelques sous-titres. C'est ça ? Venez Ă ces confĂ©rences, dont la prochaine se tient cet aprĂšs-midi Ă la librairie Les Volcans et que donne Jean-Charles Vergne. Pour dire A quoi sert l'art⊠Et venez d'autant plus que le directeur du FRAC en parle parfaitement bien. Avant tout, c'est quoi l'art⊠? C'est ce qui rend la vie plus intĂ©ressante que l'art - dixit Robert Filliou artiste amĂ©ricain 1926-1987. Mais encore ? Si l'on veut expliquer cela trĂšs simplement, prenons l'exemple de l'ĂtĂ© indien de Joe Dassin Avec ta robe longue tu ressemblais Ă une aquarelle de Marie-Laurençin⊠Un homme voit, un jour, des aquarelles de Marie Laurencin dans un musĂ©e. Il les oublie. Des semaines, mois ou annĂ©es plus tard, il croise une femme et le souvenir des aquarelles de Marie-Laurençin se superpose alors Ă la vision de cette femme. Cette derniĂšre lui apparaĂźt d'autant plus belle. L'art c'est donc ce qui rend la vie plus intĂ©ressante que l'art lui-mĂȘme. Et cet art, Ă quoi sert-il ? Ă rien. Des tas de gens n'ont pas de livre, de musique, de tableau et sont parfaitement heureux. On peut donc s'en passer. Cela dit, lorsque l'on fait une rencontre semblable Ă celle de cet homme qui croise cette femme dont la robe ressemble Ă une aquarelle de Marie-Laurençin, on est ensuite en quĂȘte de la deuxiĂšme, et de la troisiĂšme rencontre⊠L'art ne produit aucune valeur ajoutĂ©e - je mets de cĂŽtĂ© l'aspect marchand - ; il y a trĂšs peu de choses qui ne servent Ă rien ; l'art - la culture en gĂ©nĂ©ral c'est probablement le dernier abri de la nuance et c'est sans doute en cela qu'il est indispensable. Est-ce nĂ©cessaire, et si oui en quoi, d'expliquer l'art⊠C'est nĂ©cessaire jusqu'Ă un certain point. Au dĂ©but on a besoin de clefs. C'est comme pour lire. Picasso disait l'art c'est comme le chinois, ça s'apprend ; face Ă une 'uvre on est souvent comme confrontĂ© Ă une langue Ă©trangĂšre en quelque sorte. Depuis l'enfance nous sommes nourris de clefs et codes. L'artiste, lui, passe son temps Ă les transgresser et Ă inventer de nouveaux langages. Encore des codes donc. Oui mais assez simples. 1 Il s'agit de dĂ©sapprendre Ă lire - c'est-Ă -dire ĂȘtre dans une situation virginale devant une 'uvre - et 2 accepter de ne pas comprendre. On ne demande pas Ă une partition de Mozart d'ĂȘtre expliquĂ©e, on accepte de l'Ă©couter. Une 'uvre d'art, si elle est abstraite par exemple, il faut accepter de ne pas avoir de mode d'emploi. Quand on fait une confĂ©rence sur l'art, on donne un mode d'emploi. Et au bout d'un moment, ce mode d'emploi il faut l'oublier. Il faut donc Ă©galement apprendre Ă regarder. Ce n'est pas tant apprendre que dĂ©samorcer des blocages. Il s'agit, en fait, de donner des bases historiques⊠Qu'entendez-vous par blocage ? Les choses entendues comme C'est de la supercherie, ou Je peux en faire autant. Mais si je vous dis, devant un monochrome de Redman, je peux faire la mĂȘme chose, que me rĂ©torquez-vous ? Je vous dis bien sĂ»r. Ăvidemment. Imaginons une expo fictive de sept monochromes rouges. Exactement identiques. Le premier s'appelle la traversĂ©e de la mer rouge par les HĂ©breux, le deuxiĂšme La colĂšre, le troisiĂšme Nappe rouge, etcĂŠ Le septiĂšme Red Square. Des 'uvres identiques mais dont l'intention n'est pas la mĂȘme. Parmi celles-lĂ , il y a en a peut-ĂȘtre une trĂšs intĂ©ressante, deux mĂ©diocres et ainsi de suite⊠C'est donc l'explication que vous donnerez qui la rendra intĂ©ressante, pas forcĂ©ment sa qualitĂ© plastique ou esthĂ©tique. Oui, c'est l'intention. Il faut se sortir de l'idĂ©e que l'art⊠silence. L'art ce n'est pas un bouquet de fleurs ! L'art n'est pas lĂ pour faire plaisir aux yeux. Les yeux mĂšnent au cerveau, le cerveau Ă des idĂ©es. Beaucoup disent moi j'aime ou j'aime pas ; une 'uvre n'a pas Ă©tĂ© faite pour ça. CĂ©zanne a Ă©tĂ© l'artiste le plus "insultĂ©" de toute l'histoire de l'art. Il s'en foutait. La fonction n'est pas de plaire au plus grand nombre Il allait au pied de la montagne, il peignait la montagne⊠Seules deux ou trois personnes venaient le voir Picasso et Braque notamment, qui grĂące Ă lui ont inventĂ© le cubisme et ouvert les portes de l'abstraction. CĂ©zanne se pose des questions et tente d'y rĂ©pondre. Sinon il fait de la variĂ©tĂ© ! Ce n'est pas pĂ©joratif ce que je dis, mais la fonction n'est pas de plaire au plus grand nombre. C'est avant tout une recherche et cette recherche ne peut ĂȘtre menĂ©e que dans le cadre d'un enracinement dans une histoire. Donc si on n'explique pas au minimum ce qu'a Ă©tĂ© cette histoire, on ne peut pas expliquer un monochrome rouge ou blanc ou bleu. Une des facettes de l'art est de proposer, parfois, un langage chiant je pense Ă certains catalogues ? Comment sortir de cela ? Il y a plusieurs Ă©tages. Un catalogue n'a pas pour objectif d'ĂȘtre didactique ou pĂ©dagogique. C'est un outil scientifique qui peut faire avancer le travail de l'artiste par un biais critique. La confĂ©rence, ou la visite guidĂ©e, c'est se mettre Ă la portĂ©e d'un public dont on sait qu'il est hĂ©tĂ©rogĂšne ; je prĂ©cise d'ailleurs que le cycle donnĂ© aux Volcans est Ă l'attention des nĂ©ophytes et je prĂ©cise Ă©galement au public que je vais faire des raccourcis et approximations pour servir le propos. Les difficultĂ©s que les gens peuvent rencontrer face Ă une 'uvre je les ai vĂ©cues donc je fais en sorte de les apprĂ©hender de la maniĂšre la plus simple possible. Julien Dodon ConfĂ©rence. Prochain rendez-vous mercredi 9 fĂ©vrier Ă la librairie Les Volcans 80 boulevard François-Mitterrand Ă 17 heures. Une autre est programmĂ©e en mars. Infos au Exposition. Ă quoi tient la beautĂ© des Ă©treintes⊠Sous cet intitulĂ©, le Frac Auvergne prĂ©sente soixante-cinq Ćuvres de sa collection, dont une moitiĂ© concerne des acquisitions rĂ©centes prĂ©sentĂ©es pour la premiĂšre fois. Ă dĂ©couvrir du mardi au dimanche entrĂ©e libre au Frac, rue du Terrail Ă Clermont. Imaginer une exposition Ă partir dâune collection revient en quelque sorte Ă provoquer des Ă©treintes, des accolades affectives fondĂ©es sur des familiaritĂ©s entre artistes qui sâestiment, sur des Ćuvres concernĂ©es par des rĂ©- flexions communes, fondĂ©es aussi sur des rapprochements formels ou chromatiques inattendus, voire improbables, susceptibles dâengendrer dâautres formes de lecturesâŠ
Dune maniÚre générale, l'art sert-il à quelque chose ? Tu aurais aussi pu poser ta question dans la rubrique philosophie car elle est trÚs intéressante et donne à réfléchir. Je pense que le cinéma sert à instruire, divertir, dénoncer, montrer les choses sous un angle particulier, faire prendre conscience. Voici des articles sur le
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Et pourtant malgrĂ© cela, nous pouvons voir que l'art est une chose que tout le monde cĂŽtoie, tout au long de sa vie et sous beaucoup dâaspect. Qui nâa jamais Ă©coutĂ© de musique, regarder un film, luA quoi vise l'art, sinon Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. Au fur et Ă mesure qu'ils nous parlent, des nuances d'Ă©motion et de pensĂ©e nous apparaissent qui pouvaient ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l'image photographique qui n'a pas encore Ă©tĂ© plongĂ©e dans le bain oĂč elle se rĂ©vĂ©lera. Le poĂšte est ce rĂ©vĂ©lateur. [...] Remarquons que l'artiste a toujours passĂ© pour un idĂ©aliste ». On entend par lĂ qu'il est moins prĂ©occupĂ© que nous du cĂŽtĂ© positif et matĂ©riel de la vie. C'est, au sens propre du mot, un distrait ». Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă y voir plus de choses? On ne le comprendrait pas, si la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes n'Ă©tait une vision que notre attachement Ă la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă rĂ©trĂ©cir et Ă vider. De fait, il serait aisĂ© de montrer que, plus nous sommes prĂ©occupĂ©s de vivre, moins nous sommes enclins Ă contempler, et que les nĂ©cessitĂ©s de l'action tendent Ă limiter le champ de la vision. Henri Bergson. La pensĂ©e et le mouvant, 1938. PUF, Quadrige1990. Ă 151. ThĂšme L'art. La perception. Question Quelle est la finalitĂ© de l'art ? Vise-t-il seulement Ă exprimer un Ă©tat Ă©motionnel, une psychologie individuelle avec sa particularitĂ© et son arbitraire comme semble le croire la vulgate dĂ©posĂ©e dans les copies d'Ă©lĂšves ? Avec cette question, Bergson nous invite Ă interroger l'essence de l'art et Ă affronter la question au niveau qui est celui du grand art. Exit la miĂšvrerie psychologisante ; la grande affaire des artistes n'est pas le divan du psychanalyste et son horizon Ă©gotiste, c'est le rĂ©el tel qu'il s'offre Ă une libertĂ© qui s'en empare et en interroge l'ĂȘtre. A quoi vise donc l'activitĂ© artistique ? ThĂšse Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience » rĂ©pond Bergson. L'art fait voir ce qu'ordinairement on ne sait pas voir. Il dĂ©couvre Ă nos regards ce qui s'y trouve depuis toujours mais demeure cachĂ© sans le dĂ©voilement qu'en opĂšre l'artiste. Au fond l'art atteste qu' une extension des facultĂ©s de percevoir est possible » Ibid, Ce qui conduit Bergson Ă affronter une nouvelle question. Question Comment rendre compte de cette possibilitĂ© ? Qu'est-ce qui permet ce pouvoir rĂ©vĂ©lateur de l'art ? ThĂšse La rĂ©ponse bergsonienne tient du paradoxe. Si la peinture, la littĂ©rature ont un pouvoir de rĂ©vĂ©lation, c'est que l'artiste est moins attachĂ© Ă la rĂ©alitĂ© » que le commun des hommes. Tout se passe comme si sa distraction », son dĂ©tachement Ă©tait le vecteur d'une perception plus Ă©clairante dans laquelle chacun retrouve sa propre expĂ©rience mais une expĂ©rience ayant besoin de l'artiste pour prendre conscience d'elle-mĂȘme. Que faut-il entendre par lĂ ? Explication dĂ©taillĂ©e I L'art est rĂ©vĂ©lation de ce qui est. L'art donne Ă voir apprend-on. Il montre, il fait surgir dans un matĂ©riau sensible un contenu insĂ©parable de la forme glorieuse dans laquelle il s'exhibe. La question est de savoir ce qu'il en est de ce contenu. Est-ce une rĂ©alitĂ© créée de toute piĂšce par l'artiste de telle sorte que l'art ouvrirait sur des fantaisies ou des mythologies personnelles ? Le propos bergsonien dissuade d'emblĂ©e d'envisager ainsi la crĂ©ation artistique en soulignant que l'art renvoie Ă l'expĂ©rience humaine universelle. Il met en jeu les donnĂ©es universelles de l'expĂ©rience des hommes. D'une part ce qui est et qui est constituĂ© aussi bien du monde extĂ©rieur, dĂ©signĂ© dans le texte par le mot de nature, que du monde intĂ©rieur, celui que le texte dĂ©signe comme monde de l'esprit. D'autre part les sens et la conscience. C'est, en effet, par l'intuition sensible ou par l'intuition que la conscience a de ses Ă©tats et des ses actes que nous avons accĂšs aux donnĂ©es naturelles ou spirituelles. La montagne qui se dĂ©coupe lĂ -bas, le petit coin de ciel bleu ou de mur jaune qui surgit dans le champ de vision sont ce qui existe pour nous par la mĂ©diation des sens et de la conscience. C'est pareil pour la vie de l'Ăąme avec ses modulations affectives, ses rĂȘves, ses joies et ses souffrances. Elle requiert un acte de la conscience pour ĂȘtre perçue. Or les sens et la conscience sont-ils par principe attentifs Ă l'infinie richesse du rĂ©el ? Il semble que non et ce qui l'atteste, selon Bergson, c'est l'expĂ©rience mĂȘme de l'art. Il y a, en effet, depuis des siĂšcles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement ». Ibid, La rĂ©flexion sur l'art engage donc une rĂ©flexion sur la perception car si la finalitĂ© de l'art est de porter Ă l'expression ce qui existe et que nous ne savons pas voir, cela signifie que la facultĂ© perceptive n'accomplit pas parfaitement sa fonction. PB Qu'est-ce que la perception et pourquoi est-elle en dĂ©faut par rapport au rĂ©el auquel elle renvoie ? La perception est la fonction de notre rapport au rĂ©el. C'est par elle que nous nous reprĂ©sentons des objets dans l'espace, que nous formons une image de ce qui existe, et ce n'est pas une mince affaire de savoir comment s'Ă©labore cette reprĂ©sentation. Suppose-t-elle une passive rĂ©ception de ce qui est donnĂ© aux sens et Ă la conscience ? A l'Ă©vidence non puisque le monde perçu varie d'un sujet Ă un autre et qu'avec Bergson on peut faire de la perception la pierre de touche de la distinction de l'artiste et du commun des hommes. Il semble donc qu'elle soit tributaire d'une maniĂšre de se projeter vers les choses, de les configurer de telle sorte que le sujet percevant intervient activement dans la construction de l'objet perçu. OpĂ©ration complexe donc que la perception, l'enjeu de ce texte Ă©tant d'Ă©tablir que la fonction de notre ouverture au rĂ©el, peut ĂȘtre moins ce qui nous le rĂ©vĂšle que ce qui fait Ă©cran et tisse un voile empĂȘchant d'accĂ©der Ă la rĂ©alitĂ© des choses. Le donnĂ© avec sa richesse et son originalitĂ© n'apparaĂźt pas nĂ©cessairement aux sens et Ă la conscience dans la clartĂ© de son offrande. Il ne frappe pas explicitement nos sens et notre conscience » dit Bergson. Entendons, il est possible que nous n'y soyons pas sensibles ou attentifs. Ce qui n'est pas explicitĂ© » est, en effet, ce qui n'est pas portĂ© Ă la lumiĂšre du jour, ce qui reste cachĂ©, ce qui demeure invisible au regard ou Ă la conscience. Ces effets d'occultation » sont le lot de la perception commune. Ex La coupe de fruits sur la table de la cuisine est bien perçue par la cuisiniĂšre mais il faut le grand art de CĂ©zanne pour rendre visible ce que l'on voit sans le voir vraiment la profondeur, le veloutĂ©, la mollesse, la duretĂ© mĂȘme des objets - CĂ©zanne disait mĂȘme leur odeur » Merleau-Ponty dans le doute de CĂ©zanne, Sens et non sens, Gallimard, p. 20. Ex De mĂȘme il faut l'art de Turner pour dĂ©voiler le paysage comme atmosphĂšre et on ne voit plus la lagune de Venise aprĂšs lui comme on la voyait avant. Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-lĂ , ont aperçu dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. - Dira-t-on qu'ils n'ont pas vu, mais créé, qu'ils nous ont livrĂ© des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu'elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement Ă regarder la nature Ă travers l'image que les grands peintres nous en ont tracĂ©e ? C'est vrai dans une certaine mesure; mais, s'il en Ă©tait uniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines oeuvres - celles des maĂźtres qu'elles sont vraies ? oĂč serait la diffĂ©rence entre le grand art et la pure fantaisie ? Approfondissons ce que nous Ă©prouvons devant un Turner ou un Corot nous trouverons que, si nous les acceptons et les admirons, c'est que nous avions dĂ©jĂ perçu quelque chose de ce qu'ils nous montrent. Mais nous avions perçu sans apercevoir. C'Ă©tait, pour nous, une vision brillante et Ă©vanouissante, perdue dans la foule de ces visions Ă©galement brillantes, Ă©galement Ă©vanouissantes, qui se recouvrent dans notre expĂ©rience usuelle comme des dissolving views» et qui constituent, par leur interfĂ©rence rĂ©ciproque, la vision pĂąle et dĂ©colorĂ©e que nous avons habituellement des choses. Le peintre l'a isolĂ©e; il l'a si bien fixĂ©e sur la toile que, dĂ©sormais, nous ne pourrons nous empĂȘcher d'apercevoir dans la rĂ©alitĂ© ce qu'il y a vu lui-mĂȘme. » La pensĂ©e et le mouvant, Si la peinture Ă©largit la facultĂ© perceptive, la littĂ©rature enrichit la conscience de la vie intĂ©rieure. Les romanciers comme les musiciens font entendre ou figurent dans des personnages la petite musique de l'Ăąme. Stendhal peint par exemple les Ă©motions, les dĂ©sirs, les espĂ©rances, les dĂ©ceptions de Julien Sorel, de Madame de RĂȘnal ou de Mathilde de la Mole, dans Le Rouge et le Noir. Comment pourrions-nous vivre de la vie de ces hĂ©ros s'ils ne nous parlaient pas de nous-mĂȘmes ? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. » affirme Bergson. De fait qu'est-ce qui fait du personnage d'Emma Bovary une grande crĂ©ation littĂ©raire ? Il est vrai que Flaubert disait Madame Bovary c'est moi », mais si la tendance Ă fuir dans une vie fantasmatique la mĂ©diocritĂ© de son quotidien social et sentimental, si le dĂ©sir d'ĂȘtre autre chose que ce que l'on est n'avaient pas un Ă©cho en chacun de nous, Flaubert ne serait pas l'auteur d'une grande Ćuvre d'art. Le bovarysme n'aurait-il pas son siĂšge dans quelques uns des sous-moi qui composent notre complexe nature psychologique ? » demande judicieusement Georges Palante dans son essai sur le bovarysme 1903. C'est parce que le romancier a su Ă©lever son expĂ©rience Ă l'universel qu'il nous Ă©meut. Son gĂ©nie est de peindre un Ă©tat de notre Ăąme, si passager, si furtif pour certains qu'ils n'en soupçonnent mĂȘme pas l'existence. Lui, en rĂ©vĂšle les multiples nuances, les couleurs changeantes et en suivant Emma dans son exaltation ou son dĂ©sespoir, dans ses rĂȘves ou dans son ressentiment, Flaubert nous permet de dĂ©couvrir une part de nous-mĂȘmes qui nous Ă©tait inconnue ou du moins si peu sensible que nous ne la remarquions mĂȘme pas. Il eĂ»t fallu pour cela ĂȘtre attentif Ă la durĂ©e et Ă son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, thĂšme cher Ă notre philosophe. Tout ce qui existe dĂ©ploie son ĂȘtre dans le temps et celui-ci se caractĂ©rise par l'absence d'homogĂ©nĂ©itĂ©. Le temps vĂ©cu n'est pas le temps des horloges, temps mathĂ©matique oĂč une heure est identique Ă une heure ; c'est la durĂ©e oĂč chaque instant est unique, diffĂ©rent d'un autre au point qu'ĂȘtre fidĂšle au rĂ©el impliquerait une disponibilitĂ© permanente Ă l'imprĂ©visible nouveautĂ© des choses extĂ©rieures et intĂ©rieures. Il y a une minute du monde qui passe, il faut la peindre dans sa rĂ©alitĂ© » disait CĂ©zanne. Comme le peintre, le poĂšte essaie de capter la vie mouvante de l'Ăąme, ses couleurs changeantes, ses ombres et ses clartĂ©s. Il s'agit de dĂ©voiler sous la pauvretĂ© de ce qui apparaĂźt Ă une perception rĂ©trĂ©cie une rĂ©alitĂ© concrĂšte que seule une attention pĂ©nĂ©trante peut mettre Ă jour. L'artiste est l'homme de cette attention. En lui la nature ou l'Ăąme se sent, se pense et s'exprime. C'est dire que l'artiste ne fait pas exister arbitrairement ce qu'il dĂ©peint. Ni il ne le crĂ©e absolument, ni il ne se contente de l'imiter. Il n'invente pas ; il dĂ©couvre au regard une rĂ©alitĂ© prĂ©existante. Il n'imite pas car l'opĂ©ration de dĂ©voiler est toujours transposition d'une rĂ©alitĂ© dans un Ă©lĂ©ment le poĂšme, le roman, la peinture, la musique d'une autre nature et dont les contraintes exigent de ruser avec le rĂ©el pour en restituer la vĂ©ritĂ©. L'esthĂ©tique de la mimesis n'a jamais Ă©tĂ© une invitation Ă reproduire le rĂ©el, le propos aristotĂ©licien disant que l'art imite la nature ou l'achĂšve» signifiant que l'artiste doit ĂȘtre un aussi bon artiste que la nature pour porter Ă l'expression ce qu'il cherche Ă en montrer. Or pour rivaliser avec la nature, il faut savoir lui ĂȘtre infidĂšle. Le corps humain n'a jamais eu les proportions de la statuaire grecque mais ce sont ces proportions qui en montrent la force et l'harmonie. L'homme qui marche n'a jamais eu les deux pieds rivĂ©s au sol, comme dans l'Ćuvre de Rodin, mais sans cette ruse, le mouvement serait suspendu. L'art est un mensonge qui dit la vĂ©ritĂ© ; tous les artistes le proclament Ă leur façon. La servile reproduction ne dĂ©voile rien. Quel intĂ©rĂȘt aurait une activitĂ© se contentant de reproduire ce qui se donne Ă la perception immĂ©diate ? La vocation de l'art consiste Ă dĂ©chirer les apparences qui dissimulent sous leur abstraction le concret pour faire apparaĂźtre ce qui n'apparaĂźt pas Ă la perception banale. Bergson recourt Ă une image pour illustrer la fonction rĂ©vĂ©latrice de l'art. Ce qui se passe dans l'art est comparable Ă ce qui se passe pour l'image photographique. Le bain dans lequel on plonge la pellicule pour faire apparaĂźtre l'image ne crĂ©e pas cette derniĂšre, il ne fait que la rĂ©vĂ©ler mais sans la solution nĂ©cessaire Ă la fixation de l'image, celle-ci demeurerait invisible. Ainsi en est-il de l'art. L'artiste n'invente pas la rĂ©alitĂ© qu'il donne Ă voir mais sans lui elle demeurerait invisible. La question est donc maintenant de comprendre pourquoi il a ce pouvoir. II La raison d'ĂȘtre de ce pouvoir. Et ce n'est pas un moindre paradoxe de dĂ©couvrir que si l'artiste est le rĂ©vĂ©lateur du rĂ©el, c'est parce qu'Ă la diffĂ©rence des autres hommes, il y est moins attachĂ© ». Il est, dit-on, un distrait », un idĂ©aliste ». Quelle que soit la dĂ©nomination, on signifie que l'artiste n'est pas inscrit dans le rĂ©el comme les hommes le sont ordinairement. Fait Ă©tonnant. Bergson s'y attarde en mettant en Ă©vidence le paradoxe Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă y voir plus de choses ? ». On a plutĂŽt tendance Ă penser qu'il faut ĂȘtre solidement arrimĂ© au rĂ©el pour le voir. Or l'artiste incarne le contraire de ce qui se revendique comme modalitĂ© d'ĂȘtre rĂ©aliste ». Le rĂ©aliste se croit au plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© parce que les besoins et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels des hommes sont ce qui structure son rapport au rĂ©el. Il a les pieds sur terre », lui ; il a le souci de l'utilitĂ© et de l'efficacitĂ© ! Il est Ă©tranger Ă ce qu'il qualifie d'idĂ©alisme » Ă savoir cette façon d'exister comme une sensibilitĂ© et une spiritualitĂ© libre, laissant subsister le rĂ©el dans son Ă©trange prĂ©sence pour en faire un objet de contemplation. La rĂ©alitĂ© est pour lui le corrĂ©lat de sa maniĂšre intĂ©ressĂ©e de se projeter vers elle. Aux antipodes de son affairement, de son pragmatisme, l'artiste lui semble dans la lune ». Sa maniĂšre d'ĂȘtre au monde est si dĂ©tachĂ©e de ses prĂ©occupations utilitaires qu'il lui semble en retrait, sur une autre planĂšte », et c'est ce que connote l'idĂ©e de distraction. Le distrait est aveugle Ă ce qui Ă©blouit les yeux des autres. Il ne voit pas ce qu'ils voient. Il a une maniĂšre d'ĂȘtre prĂ©sent au monde donnant le sentiment de l'absence. Les liens tissant les rapports des autres au rĂ©el sont chez lui comme suspendus. Bergson insiste sur son dĂ©tachement ». Le dĂ©tachement est la vertu que l'on reconnaĂźt habituellement au philosophe parce que le travail de la pensĂ©e exige le recul, la distance, la mise hors jeu des dĂ©sirs, des passions et des intĂ©rĂȘts matĂ©riels dont l'effet est de dĂ©tourner l'esprit de sa fin propre, Ă savoir de la recherche de la vĂ©ritĂ©. C'est aussi celle de l'artiste, selon Bergson, mais chez lui le dĂ©tachement n'est pas le rĂ©sultat d'une ascĂšse. Il n'est pas volontaire, conquis, il est un Ă©tat naturel ». Tout se passe comme si la nature avait donnĂ© Ă certains hommes le don de sentir ou de penser autrement que le commun des hommes. Pour prendre la mesure de leur singularitĂ©, il convient de dĂ©crire la maniĂšre usuelle d'ĂȘtre au monde. Elle se caractĂ©rise par le privilĂšge de l'action sur la contemplation et par le rĂ©trĂ©cissement du champ de vision. Pourquoi ? Parce que vivre c'est agir. Il y a lĂ une urgence de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Nous avons des besoins Ă satisfaire, des intĂ©rĂȘts vitaux et nous sommes tout naturellement enclins Ă ne saisir du rĂ©el que ce qui est en rapport avec ces besoins et ces intĂ©rĂȘts matĂ©riels. L'arbre en fleurs est pour le paysan la promesse d'une bonne rĂ©colte, il n'en perçoit que ce qu'il lui est utile d'en percevoir. Sa perception est intĂ©ressĂ©e, ses prĂ©occupations le dĂ©tournant de regarder l'arbre Ă la maniĂšre du peintre Bonnard. Ce dernier ne le voit pas pour ce qu'il pourra en tirer, il le voit pour lui-mĂȘme. Les formes, les couleurs, les volumes de l'amandier en fleurs s'imposent Ă lui dans l'Ă©nigme de leur visibilitĂ©. Dans son texte d'hommage Ă Berthe Morisot, ValĂ©ry insiste sur cette caractĂ©ristique du peintre d'ĂȘtre affranchi d'un rapport pragmatique au rĂ©el. A la diffĂ©rence du paysan, du militaire et du gĂ©ologue qui ne voient du paysage que ce qui fait sens pour leurs intĂ©rĂȘts, celui-ci est chose vue, simplement vue pour l'artiste peintre. Aux nĂ©cessitĂ©s de l'action structurant la perception des uns, s'oppose l'attitude contemplative de l'autre. Si l'on rajoute que pour les besoins de l'action, il a fallu dĂ©signer les choses par des mots, des mots qui finissent par se substituer Ă elles de telle sorte qu'on ne les voit plus dans leur originalitĂ© et leur unicitĂ© mais on se contente des Ă©tiquettes que le langage a collĂ©es sur elles, on comprend que la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes soit une vision que notre attachement Ă la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă vider et Ă rĂ©trĂ©cir ». A l'opposĂ©, le dĂ©sintĂ©rĂȘt des artistes pour l'action et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels les rend disponibles pour une perception plus profonde de la rĂ©alitĂ©. Ils sont sensibles en gĂ©nĂ©ral par un seul sens et attentifs au concret, Ă son caractĂšre unique, original, mouvant. Leur perception est ouverte au don infiniment renouvelĂ© de la rĂ©alitĂ© pure. Elle en a la densitĂ© et, grĂące Ă eux, la perception commune rĂ©trĂ©cie et vidĂ©e » s'Ă©largit et s'enrichit. Il est donc bien vrai que l'art donne Ă voir. Il n'imite pas le visible, il rend visible » disait Klee. Il ouvre sur un monde qui, en un certain sens, est bien le monde de tel ou tel artiste car le sensible est toujours au point de convergence du sentant et du senti et le sentant est irrĂ©ductiblement un ĂȘtre singulier. C'est CĂ©zanne ou Flaubert. Mais si ce monde Ă©tait purement subjectif, l'oeuvre serait privĂ©e de toute puissance d'Ă©motion esthĂ©tique. Car, ainsi que l'Ă©crit Mikel Dufrenne Le critĂšre de la vĂ©racitĂ© esthĂ©tique, c'est l'authenticitĂ© Ă travers l'auteur de l'oeuvre, s'il est inspirĂ©, il semble que ce soit le monde comme Nature naturante qui nous fasse signe, et nous donne Ă dĂ©chiffrer un de ses visages. Chaque monde singulier est un possible du monde rĂ©el. [..] Le monde, c'est l'inĂ©puisable il dĂ©borde toujours ce que vivent, comme leur principal souci et leur principale tĂąche, les hommes d'une Ă©poque » EsthĂ©tique et philosophie, Klincksieck, p. 26. NĂ©anmoins peut-on affirmer que le monde ouvert par l'artiste procĂšde d'un accĂšs direct Ă la rĂ©alitĂ©? Bergson le soutient dans de nombreux textes La nature a oubliĂ© d'attacher leur facultĂ© de percevoir Ă leur facultĂ© d'agir. Quand ils regardent une chose, ils la voient pour elle, et non plus pour eux. Ils ne perçoivent plus simplement en vue d'agir ; ils perçoivent pour percevoir, - pour rien, pour le plaisir. Par un certain cĂŽtĂ© d'eux-mĂȘmes, soit par leur conscience soit par un de leurs sens, ils naissent dĂ©tachĂ©s ; et selon que ce dĂ©tachement est celui de tel ou tel sens, ou de la conscience, ils sont peintres ou sculpteurs, musiciens ou poĂštes. C'est donc bien une vision plus directe de la rĂ©alitĂ© que nous trouvons dans les diffĂ©rents arts ; et c'est parce que l'artiste songe moins Ă utiliser sa perception qu'il perçoit un plus grand nombre de choses » Ibid, p. 152, 153. Dans Le rire, il Ă©crit aussi Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des Ăąmes plus dĂ©tachĂ©es de la vie. Je ne parle pas de ce dĂ©tachement voulu, raisonnĂ©, systĂ©matique, qui est oeuvre de rĂ©flexion et de philosophie. Je parle d'un dĂ©tachement naturel, innĂ© Ă la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une maniĂšre virginale, en quelque sorte, de voir, d'entendre ou de penser. Si ce dĂ©tachement Ă©tait complet, si l'Ăąme n'adhĂ©rait plus Ă l'action par aucune de ses perceptions, elle serait l'Ăąme d'un artiste comme le monde n'en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts Ă la fois, ou plutĂŽt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur puretĂ© originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matĂ©riel que les plus subtils mouvements de la vie intĂ©rieure. » PUF, p. 120. 1900. Si l'on peut suivre Bergson dans l'idĂ©e qu'une perception dĂ©livrĂ©e des limites du besoin, des prĂ©occupations utilitaires et des conventions linguistiques est sans doute plus disponible Ă la richesse du donnĂ© que celle qui en est prisonniĂšre, en revanche il est difficile de le suivre lorsqu'il parle d'une maniĂšre virginale » de percevoir permettant de saisir les choses dans leur puretĂ© originelle ». Car cette idĂ©e d'une virginitĂ© possible des sens et de la conscience n'est-elle pas une illusion ? Les sens et la conscience ne sont-ils pas irrĂ©ductiblement des mĂ©diations dans le rapport au rĂ©el et ces mĂ©diations peuvent-elles jamais ĂȘtre virginales ? Ce serait oublier qu'elles ont Ă©tĂ© Ă©duquĂ©es dans un contexte culturel, qu'elles portent la marque d'une subjectivitĂ© mĂȘme si elle est Ă©levĂ©e Ă l'universel, et surtout qu'elles ne sont pas des instruments passifs dans la reprĂ©sentation. Le donnĂ© est toujours l'objet d'une transposition et toute transposition implique une part de construction. Peut-on sĂ©rieusement prĂ©tendre que l'artiste Ă©chapperait aux lois gĂ©nĂ©rales de la perception ? Telle Ă©tait l'aspiration des grands artistes modernes. Les Monet, Gauguin, CĂ©zanne, Malevitch, Klee Ă©taient obsĂ©dĂ©s par le souci de retrouver un rapport au rĂ©el vierge de toutes les influences d'une civilisation dont ils voulaient secouer le joug. Ils ont produit de grandes Ćuvres. Peut-on dire pour autant qu'ils nous ont donnĂ© accĂšs Ă la puretĂ© originelle des choses ? Conclusion Il y a dans ce texte une conception originale de l'art. Bergson soutient que l'art est une voie d'accĂšs plus directe Ă la rĂ©alitĂ© que la perception commune car les sens et la conscience de l'artiste sont en consonance avec le rĂ©el. Ce statut d'exception tient au fait que la nature a fait naĂźtre des Ăąmes qui, de maniĂšre innĂ©e, sont dĂ©tachĂ©es de la vie, ce dĂ©tachement naturel Ă©tant la garantie d'une maniĂšre virginale de percevoir. ThĂšse intĂ©ressante mais problĂ©matique. La question est en derniĂšre analyse de savoir s'il suffit d'ĂȘtre dĂ©livrĂ© des intĂ©rĂȘts pragmatiques pour mieux voir et faire disparaĂźtre les mĂ©diations. Est-il lĂ©gitime de prĂ©tendre qu'il y a pour l'homme une intuition possible de l'immĂ©diat ? C'est en tout cas ce qu'affirme Bergson. Par l'Ă©largissement de la facultĂ© perceptive et de la conscience qu'il implique, l'art a l'insigne privilĂšge de dĂ©truire les mĂ©diations occultantes pour donner accĂšs Ă la rĂ©alitĂ© pure. Lesecret professionnel sert-il encore Ă quelque chose ? Secret : âce qui doit ĂȘtre tenu cachĂ© des autresâ selon le Robert. Ce silence peut ĂȘtre aussi bien utilisĂ© pour la dissimulation de turpitudes â ravage des dĂ©lits d'initiĂ©s et autres destructions -
1Dans les rĂ©ussites de lâart il y a quelque chose qui surpasse Ă la fois la volontĂ© de lâartiste, si attentive et si lucide quâelle soit, et la sensibilitĂ© du spectateur, quelles que soient sa dĂ©licatesse et ses exigences. Aussi, ce serait une entreprise stĂ©rile que de chercher Ă dĂ©finir dâabord certaines puissances de lâesprit et de montrer ensuite comment nous parvenons, en les mettant en Ćuvre, Ă obtenir les satisfactions que nous en attendons. Câest la dĂ©marche inverse que nous devons suivre. La crĂ©ation artistique obĂ©it Ă un obscur dĂ©sir elle est une aspiration vers ce qui nous manque, un vide intĂ©rieur que nous cherchons Ă remplir. Mais, quels que soient nos efforts, nous ne rĂ©ussissons pas dâavance Ă le circonscrire. Le circonscrire, câest faire Ă©merger la forme qui, aussitĂŽt, lui donne un contenu. Câest rĂ©aliser lâĆuvre dâart. Elle seule est capable de nous rĂ©vĂ©ler le dĂ©sir qui Ă©tait en nous en lâapaisant. Il nâen est point autrement de la vĂ©ritĂ© que cherche le savant nous ne savons ce quâelle est que quand elle se montre et ce qui pouvait satisfaire notre pensĂ©e que quand nous lâavons trouvĂ©. Ainsi nous ne chercherons quelle est lâorigine de lâart ni dans lâhistoire de lâhumanitĂ©, ni dans le vouloir de lâartiste ; nous ne chercherons pas non plus quelle est la fonction particuliĂšre de la conscience dont lâart est, pour ainsi dire, lâexercice, ni quelle est son essence secrĂšte que lâon devrait pouvoir retrouver pourtant jusque dans sa manifestation la plus humble. Nous ne poserons point Ă propos de lâart la question de droit. Lâart est un grand fait humain. Or, si sa naissance, comme toutes les naissances, plonge dans les tĂ©nĂšbres, dĂšs quâil se montre Ă la lumiĂšre, il nous apporte une rĂ©vĂ©lation. Et de cette rĂ©vĂ©lation, nous nâaurons jamais achevĂ© de prendre possession. Lâartiste utilise des procĂ©dĂ©s, invente des techniques par lesquelles il tente de capter lâĂ©motion dans une forme matĂ©rielle, de maniĂšre Ă en disposer et Ă la faire surgir Ă son grĂ©. Mais quelle que soit lâacuitĂ© avec laquelle une mĂ©thode nous permet dâentrer en contact avec le rĂ©el et de le saisir, il y a ici un intervalle infini entre la rĂšgle appliquĂ©e et lâeffet obtenu câest dans cet intervalle mĂȘme que lâart vient Ă Ă©closion. On le voit bien si on compare lâart Ă la science qui cherche prĂ©cisĂ©ment Ă abolir cet intervalle, Ă obtenir, dans lâapplication, des effets toujours conformes Ă la rĂšgle et que lâon produit Ă coup sĂ»r. Au contraire, dĂšs quâelle sâest dĂ©tachĂ©e des mains de lâartiste, son Ćuvre devient pour lui une rĂ©alitĂ© Ă la fois familiĂšre et inconnue ou bien il nâen supporte plus la vue, ou bien il la considĂšre dâun regard aussi jeune que le spectateur qui la dĂ©couvre. Ce quâelle nous livre Ă ce moment-lĂ , elle le livre Ă tous ; le technicien a disparu ou sâil retrouve encore dâune maniĂšre trop apparente les moyens dont il sâest servi, câest quâil a manquĂ© son but. Non point quâune sorte dâĂ©galitĂ© soit créée alors entre les spectateurs. Celui qui a la conscience la plus ouverte, la plus fine et la plus accueillante a aussi de lâĆuvre dâart lâintelligence la plus pĂ©nĂ©trante il arrive quâil instruise lâartiste lui-mĂȘme non point seulement sur ce quâil a fait, mais sur ce quâil a voulu, presque Ă son insu. Car on ne peut juger dâun esprit sur la pensĂ©e quâil a lui-mĂȘme, mais sur les actes auxquels elle le conduit, ni sur ses desseins, mais sur leur fruit. Voici donc lâart devant nous, rĂ©duit Ă nâĂȘtre plus pour nous quâun pur tĂ©moignage auquel nous allons demander non point quel est son sens, mais quel sens il donne Ă cette rĂ©alitĂ© quâil reprĂ©sente et qui par lui se trouve toujours toutes les crĂ©ations de lâesprit humain lâart possĂšde en effet une situation exceptionnelle. Si nous acceptons de le considĂ©rer dans ses sommets, il donne Ă la conscience une satisfaction gratuite et parfaite qui surpasse son attente et mĂȘme son espĂ©rance. Il met en mouvement toutes ses puissances intĂ©rieures mais celles-ci, au lieu de sâopposer les unes aux autres, se rĂ©pondent, se soutiennent et sâunifient. Il devance en nous le dĂ©sir ce dĂ©sir, il va lâĂ©veiller au fond de nous-mĂȘme, il le dĂ©couvre et il le suscite. Mais en mĂȘme temps, il lâapaise et le comble. Dans lâĂ©motion esthĂ©tique, le dĂ©sir et lâobjet du dĂ©sir sont donnĂ©s Ă la fois, ils ne cessent de se rĂ©pondre dans une oscillation ininterrompue ; mais, tandis que, dans la vie de tous les jours, je ne rencontre aucun objet qui puisse Ă©galer, semble-t-il, ma puissance de dĂ©sirer, ici les rapports se trouvent tout Ă coup renversĂ©s. Le dĂ©sirable est antĂ©rieur au dĂ©sir. Et je crains quâil nây ait jamais en moi assez de dĂ©sir pour actualiser et possĂ©der tout ce dĂ©sirable. Il y a plus, le propre du dĂ©sir câest toujours de me montrer 1âinsuffisance du rĂ©el et de me porter au-delĂ . Mais ici tout au contraire câest le rĂ©el que nous avons sous les yeux qui ne cesse de nourrir le dĂ©sir sans que celui-ci parvienne Ă lâĂ©puiser. Pour cela il nâa fallu que cette touche lĂ©gĂšre de lâactivitĂ© humaine qui, en transposant le rĂ©el dans lâĆuvre dâart, lui a donnĂ© tout Ă coup une lumiĂšre extraordinaire, un immense arriĂšre-plan, une affinitĂ© mystĂ©rieuse avec nous. Lâart prend naissance au moment oĂč lâhiatus qui sĂ©pare le rĂ©el de notre esprit se trouve tout Ă coup aboli, oĂč la contradiction entre le sujet et lâobjet, entre lâaspiration et la donnĂ©e est surmontĂ©e, oĂč une incessante communication se produit entre la conscience et la nature, et qui est telle que chacune ne cesse de fournir Ă lâautre, toutes deux semblant Ă la fois recevoir et donner. 3Le monde qui Ă©tait pour moi un obstacle devient maintenant un chemin ouvert Ă mon esprit. Les choses cessent de mâĂȘtre opposĂ©es je dĂ©couvre entre elles et moi une affinitĂ© qui est lâobjet dâune possession actuelle, mais qui demeure toujours aussi une promesse et une espĂ©rance. Le signe de lâĂ©motion esthĂ©tique, câest la joie que je ressens Ă voir que les choses sont en effet ce quâelles sont. Je ne crains point quâelles mâĂ©chappent, puisque le propre de lâart câest de les capter et de mâen donner pour ainsi dire la disposition ; mais je nâai jamais fini dâen disposer ; je ne crains pas non plus que leur possession sâĂ©puise et me ferme lâavenir. Bien plus, il ne suffit pas que lâĂ©motion esthĂ©tique ne cesse de se renouveler et de se rĂ©gĂ©nĂ©rer elle-mĂȘme Ă mesure quâelle sâĂ©tend et sâapprofondit, il faut quâelle multiplie ces raisons que nous avons de vouloir que les choses soient prĂ©cisĂ©ment ce quâelles sont. Elle nous permet de donner ainsi au temps sa vĂ©ritable signification car il ne nous retire rien de ce que nous avions et sâil nous engage dans lâavenir, câest seulement pour nous montrer la plĂ©nitude infinie dâune valeur que nous avons pourtant sous les yeux. A cet Ă©gard, la beautĂ© dĂ©passe Ă la fois la vĂ©ritĂ© et la moralitĂ© la vĂ©ritĂ©, qui, si elle me donne la joie de la connaĂźtre, ne me donne pas celle de la vouloir puisque je nâagis jamais que pour la changer, et la moralitĂ© qui rĂ©side seulement dans lâeffort et le mĂ©rite et ne mâapporte jamais un objet que je puisse embrasser ni possĂ©der. La beautĂ© est une cime vers laquelle convergent Ă la fois la vĂ©ritĂ©, dĂšs que je puis la connaĂźtre et la vouloir tout ensemble, et la moralitĂ©, dĂšs que lâaction quâelle mâoblige Ă accomplir atteint un dernier point oĂč elle suscite la contemplation et coĂŻncide avec comprend donc bien pourquoi lâart nâest pas Ă proprement parler un problĂšme proposĂ© Ă notre rĂ©flexion ce qui paraĂźt Ă©vident si lâon considĂšre que toute rĂ©flexion sur lâart obscurcit sa nature au lieu de 1âĂ©clairer, dissout sa fine essence et transpose sur un terrain diffĂ©rent oĂč lâintelligence interroge encore le rĂ©el, la rĂ©ponse mĂȘme que lâart vient de lui fournir ce quâil nous montre en effet, câest comment lâesprit parvient Ă pĂ©nĂ©trer le rĂ©el, Ă se le rendre prĂ©sent, Ă lui reconnaĂźtre une signification en dĂ©couvrant en lui la rĂ©alisation de ses vĆux. Mais câest la conscience de lâartiste, elle, qui est un problĂšme vivant elle mesure la distance qui sĂ©pare ce qui lui est donnĂ© de ce quâelle dĂ©sire ; elle ignore ce quâelle dĂ©sire, puisquâelle cherche prĂ©cisĂ©ment Ă se le reprĂ©senter et, chose admirable, il suffit quâelle le reprĂ©sente pour lâobtenir. Câest comme une sollicitation adressĂ©e sans cesse au rĂ©el qui tout Ă coup le lui livre. Ainsi, lâĆuvre dâart est toujours une solution câest cette solution que nous cherchons en elle. Câest pour la mieux comprendre que nous remontons jusquâau problĂšme quâelle suppose sans oublier que la solution pour nous devance ici le problĂšme. Câest donc en mĂ©ditant sur lâart comme solution, et non point comme problĂšme, que nous discernons sa vĂ©ritable nature. Ou plutĂŽt, câest la solution qui nous dĂ©couvre le problĂšme. Au-delĂ mĂȘme de nos aspirations esthĂ©tiques lâart nous montre comment, si lâesprit sâidentifie toujours avec une question que nous posons sur le rĂ©el, cette question peut ĂȘtre satisfaite par une rĂ©ponse qui nous en donne la dâabord on peut dire que le propre de lâart, câest de nous dĂ©couvrir la prĂ©sence au rĂ©el. Et sans doute cette assertion peut surprendre, puisque le rĂ©el est devant nous et que lâart refuse, semble-t-il, de sâen contenter, soit quâil cherche seulement Ă le reproduire, mais sur un autre plan et avec des moyens qui lui appartiennent, soit quâil entreprenne de lâidĂ©aliser. Cependant lâapprĂ©hension du rĂ©el nâest pas aussi simple ni aussi immĂ©diate quâon pourrait le penser ; et si nous comparons la maniĂšre dont il sâoffre dâemblĂ©e au regard avec la reprĂ©sentation que lâart nous en donne, nous verrons que la vocation de lâart est prĂ©cisĂ©ment de nous en apporter la rĂ©vĂ©lation. En effet, le rĂ©el, câest dâabord un spectacle familier et changeant qui sâĂ©tend autour de nous, que nous retrouvons chaque jour et qui donne un point dâappui Ă nos pas et un but Ă nos mouvements, qui prĂ©sente juste assez de constance pour ne point nous ĂŽter toute sĂ©curitĂ© et juste assez de mobilitĂ© pour rĂ©veiller en nous les puissances de la vie et les obliger Ă tout instant Ă sâexercer. Mais peut-on dire que dans ce spectacle le rĂ©el se montre Ă nous vĂ©ritablement ? Y a-t-il en nous une attention, un intĂ©rĂȘt, qui, en sâattachant Ă lui, nous en donnent une image pure ? Que lui demandons-nous sinon de fournir un chemin Ă notre activitĂ© et un aliment Ă nos besoins ? En lui-mĂȘme le rĂ©el nâa encore pour nous ni valeur ni signification. Nous ne le rencontrons quâau terme dâune action Ă laquelle il fournit soit un obstacle, soit un vĂ©hicule. Nous ne cessons de lâinterroger mais afin de reconnaĂźtre ce quâil recĂšle en lui qui peut nous servir ou nous nuire. Nous nâenvisageons jamais le rĂ©el que dans son rapport, non pas seulement avec nous, mais avec notre utilitĂ©. DĂšs lors, en devenant pour nous un moyen, il nous dĂ©robe pour ainsi dire son vrai visage. Il se plie Ă une fin qui lui est Ă©trangĂšre et nous ne retenons de lui que les indices qui nous permettront de lâatteindre. DĂšs que ces indices ont Ă©tĂ© reconnus, nous cessons en quelque sorte de le voir. Ainsi, soit quâil ne puisse nous servir, soit que lâusage que nous en faisons devienne trop assurĂ©, il sâenveloppe peu Ă peu dans les voiles de lâhabitude derriĂšre eux nous soupçonnons sa prĂ©sence, mais sans ĂȘtre capables de la rĂ©aliser. 5Lâart dĂ©chire ce voile. Il abolit tous les Ă©crans entre le rĂ©el et nous. Il interrompt toutes ces rĂ©actions trop connues que le rĂ©el suscite en nous et qui le dissimulent. Il traverse toute lâĂ©paisseur des reprĂ©sentations acquises. Il nous oblige Ă retrouver avec les choses un contact absolu. Il abolit en elles lâutilitĂ©, dissipe toutes les arriĂšre-pensĂ©es par lesquelles nous les rapportons Ă quelque terme de comparaison situĂ© en dehors dâelles ; il serait mĂȘme plus vrai de dire, comme on le fait parfois, quâil en fait un terme de comparaison pour tout le reste, si ce nâĂ©tait par lĂ diviser encore une pensĂ©e quâelles doivent retenir tout entiĂšre et qui trouve dans leur contemplation un mouvement qui lui suffit. Ainsi, lâart restitue aux choses leur Ă©tat de choses il nous les dĂ©couvre ; il leur donne une sorte de prĂ©sence pure que jusque lĂ nous nâavions pas soupçonnĂ©e. Il nous oblige Ă les regarder, Ă les apercevoir telles que nous les verrions la premiĂšre fois, si notre regard Ă©tait assez pĂ©nĂ©trant et assez lucide. Il rend au regard sa parfaite jeunesse, Ă lâatmosphĂšre qui enveloppe le rĂ©el une transparence presque surnaturelle. On le voit dans 1âeffort par lequel lâartiste, prĂ©occupĂ© dâoublier tout son passĂ©, tout son savoir, cherche seulement Ă scruter le rĂ©el afin de le tenir Ă la disposition tout Ă la fois de lâĆil et de la main les ressources de la technique la plus habile nâont point dâautre fin que dâobtenir cette double coĂŻncidence et de disparaĂźtre au moment oĂč elle se rĂ©alise. Mais le spectacle du monde perd alors sa familiaritĂ© anonyme pour acquĂ©rir une familiaritĂ© intime et personnelle, comme les choses qui nâĂ©taient pour nous quâun objet dâusage dont nous nous sommes longtemps servi sans les avoir remarquĂ©es et qui, quand nous les retrouvons aprĂšs les avoir perdues de vue, acquiĂšrent tout Ă coup un relief vivant et mobilitĂ© des diffĂ©rents aspects du rĂ©el nous empĂȘchait aussi de leur appliquer une attention assez sĂ©rieuse habituĂ©s Ă les voir apparaĂźtre et disparaĂźtre, nous ne posions sur elles quâune pensĂ©e dâun moment qui sâĂ©tait dĂ©jĂ retirĂ©e dâelles avant quâelles fussent Ă©vanouies. Lâart, par lâimmobilitĂ© quâil leur donne, ou par la possibilitĂ© quâil nous donne de recommencer toujours un mouvement aboli, nous introduit dans cette prĂ©sence constante, indĂ©pendante Ă la fois du temps et du besoin, qui est toujours de niveau avec un esprit prĂ©sent Ă lui-mĂȘme et qui est prĂȘte Ă rĂ©pondre sans cesse Ă ses moindres sollicitations. Lâart suscite donc en nous une attention si pleine et si docile quâil nous montre comme vĂ©ritablement prĂ©sente une rĂ©alitĂ© qui Ă©tait toujours devant nous, mais que nous nâavions jamais vue il oblige la conscience Ă sâen emparer, Ă en rĂ©aliser une perception actuelle qui fait saillie sur toutes nos perceptions habituelles toujours un peu amorties ou effacĂ©es, soit par le souvenir de celles que nous avons dĂ©jĂ eues et qui les recouvrent, soit par les signes de quelque Ă©vĂ©nement plus lointain que nous recherchons en elles et qui nous en dĂ©tournent. Le propre de lâartiste, câest donc dâĂȘtre un mĂ©diateur entre le rĂ©el et nous il suffit de songer soit au peintre de paysage, soit au peintre de portrait qui nous donnent de lâhorizon le plus commun, du visage que nous croyons le mieux connaĂźtre une prĂ©sentation si profonde et en mĂȘme temps si inattendue, pour nous apercevoir que cette vision personnelle quâils nous apportent change la nĂŽtre et nous contraint, pour ainsi dire, Ă dĂ©couvrir, Ă travers les choses quâils nâont rencontrĂ©es souvent quâune fois, celles mĂȘmes que nous nâavions peut-ĂȘtre jamais cette prĂ©sence des choses, lâĂ©motion esthĂ©tique ne suffit-elle pas Ă nous la donner sans le secours de lâart ? Pourquoi faut-il encore que lâart intervienne pour en ĂȘtre lâinterprĂšte ? On comprend bien que lâartiste, dĂšs quâil atteint une apprĂ©hension si exceptionnelle du rĂ©el, songe Ă la fixer de maniĂšre Ă nous la communiquer et par consĂ©quent Ă nous permettre de la rĂ©aliser Ă notre tour. Mais est-ce lĂ lâunique signification de la crĂ©ation artistique ? Nâa-t-elle pour rĂŽle que de capter et de transmettre cette perception attentive et dĂ©sintĂ©ressĂ©e qui nous livre les choses elles-mĂȘmes, par delĂ lâhabitude ou lâusage ? Nul artiste ne consentirait sans doute Ă le dire. Car il sent bien que le propre de lâart nâest pas seulement de traduire une perception quâil a dĂ©jĂ , mais encore de la rendre possible et pour ainsi dire de la produire. Il nây a point de perception directe, engagĂ©e dans notre vie quotidienne, qui puisse affecter le caractĂšre dâune contemplation pure elle est pour cela trop chargĂ©e de matiĂšre, en relation trop immĂ©diate avec notre corps, avec lâespace et le temps oĂč se dĂ©ploient nos dĂ©sirs, elle est trop rĂ©sistante et trop fragile Ă la fois, trop pleine pour nous de menaces ou de promesses ; elle est mĂȘlĂ©e Ă toutes les conjonctures de notre vie pratique. Elle fait partie de ce monde temporel oĂč nous avons toujours quelque intĂ©rĂȘt plus ou moins pressant, ou nous ne cessons dâattendre, de dĂ©sirer, de craindre, de risquer, de nous dĂ©fendre, et qui ne devient jamais tout Ă fait un spectacle pour nous. Câest cette transformation de lâunivers en spectacle que lâart rĂ©alise. Il faut que ce spectacle soit inutile pour quâil ne soit plus que contemplĂ©. Non pas que dans cette contemplation la volontĂ© soit absente, puisquâau contraire nous avons affaire alors Ă cette volontĂ© dĂ©pouillĂ©e qui veut, comme nous lâavons dit, que les choses soient prĂ©cisĂ©ment ce quâelles sont, et non pas Ă cette volontĂ© de convoitise qui pense toujours au profit quâelle en pourra tirer. LâoriginalitĂ© de lâart, câest prĂ©cisĂ©ment de crĂ©er ce spectacle inutile qui oblige lâesprit Ă se purifier de toute pensĂ©e Ă©goĂŻste pour appliquer aux choses une pensĂ©e qui ne voit quâelles et qui aussitĂŽt les fait surgir devant nous. 7De lĂ le rĂŽle mystĂ©rieux jouĂ© par lâimitation qui a Ă©tĂ© si discutĂ©e, autour de laquelle on voit sans cesse renaĂźtre le conflit de lâidĂ©alisme et du rĂ©alisme, dont on ne peut pas dire quâelle Ă©puise tout le secret de la crĂ©ation artistique, mais qui nous permet cependant dâen comprendre lâessence. Et il nây a sans doute aucun art qui nâait recours Ă lâimitation, au moins dans une certaine mesure, mais sans que les arts qui paraissent fondĂ©s sur elle laissent pourtant une moindre place Ă lâinvention que les autres. 8Peut-ĂȘtre nây a-t-il point dâimitation, comme on le voit dans ses manifestations les plus spontanĂ©es et les plus irrĂ©flĂ©chies, qui ne possĂšde dĂ©jĂ un caractĂšre esthĂ©tique. Câest quâelle vide lâobjet de sa signification pratique et ne laisse plus subsister que sa forme. Aussi comprend-on que lâon puisse tantĂŽt ĂȘtre trĂšs sĂ©vĂšre pour elle et affirmer quâelle est toujours servile et tarit le gĂ©nie crĂ©ateur, et tantĂŽt la considĂ©rer avec assez de faveur pour prĂ©tendre que câest quand elle montre le plus de probitĂ© et de fidĂ©litĂ© que lâart atteint lui-mĂȘme la perfection la plus haute. Pourtant la vertu esthĂ©tique de lâimitation nâest pas oĂč on la met en gĂ©nĂ©ral elle ne rĂ©side pas dans lâemploi de certains moyens techniques qui nous permettent de rĂ©duire lâart Ă une activitĂ© spĂ©cialisĂ©e par laquelle nous disposons du rĂ©el avec plus ou moins de science ou dâhabiletĂ©. Non point que cette activitĂ© puisse ĂȘtre nĂ©gligĂ©e ; seulement elle ne vaut pas par elle-mĂȘme mais par le rĂŽle quâelle est destinĂ©e Ă remplir. Car ce rĂŽle, câest de rendre possible une transposition du rĂ©el du domaine de lâutilitĂ© dans un domaine diffĂ©rent oĂč lâesprit se donne des rĂšgles afin dâen faire un objet de contemplation pure. Lâart rĂ©side dans cette transposition elle-mĂȘme. Les rĂšgles auxquelles il sâassujettit pour la produire nâont point, comme on le croit, de signification esthĂ©tique par elles-mĂȘmes, mais seulement parce quâelles assurent la possibilitĂ© de cette imitation par transposition » qui substitue Ă lâimage de la rĂ©alitĂ© la rĂ©alitĂ© dâune image, et convertit un objet qui avait des rapports avec notre corps en un autre objet qui nâen a plus quâavec notre esprit. Câest cette transmutation, cette transfiguration qui en donnant aux choses une sorte de prĂ©sence absolue, les revĂȘt aussitĂŽt dâun caractĂšre esthĂ©tique. Ce qui suffit pour expliquer trois choses dâabord pourquoi, comme on 1âa remarquĂ© souvent, les choses qui sont dans la nature ne produisent en nous une Ă©motion esthĂ©tique que si nous rĂ©ussissons par lâimagination Ă en faire pour ainsi dire des tableaux, ensuite pourquoi aucune dâentre elles, contrairement Ă un prĂ©jugĂ© idĂ©aliste, ne possĂšde de privilĂšge esthĂ©tique, de telle sorte que la plus humble dâentre elles peut se changer en une Ćuvre dâart si lâimitation parvient Ă isoler sa reprĂ©sentation de tout usage servile ; enfin pourquoi lâimitation exclut elle-mĂȘme toute rĂ©pĂ©tition, puisquâelle doit nous donner la rĂ©alitĂ© mĂȘme de la chose dans son unitĂ© concrĂšte et sensible et que pour lâimiter deux fois, il faut nĂ©cessairement la recrĂ©er deux fois. 9Aussi, personne nâa vu plus profondĂ©ment lâessence mĂȘme de lâart que Pascal dans le mot si cĂ©lĂšbre et pourtant si cruel Quelle vanitĂ© que la peinture qui attire lâadmiration par la ressemblance des choses dont on nâadmire point les originaux !On ne cherchera point Ă la rĂ©futer et mĂȘme on lui donnera les mains, mais on montrera que si nous admirons cette ressemblance, câest prĂ©cisĂ©ment parce quâelle dĂ©pouille lâoriginal de ce quâil y avait en lui de momentanĂ© et dâutilitaire et qui nous empĂȘchait de le voir ; elle nous apprend Ă lâadmirer en nous apprenant prĂ©cisĂ©ment ce quâil comprend donc bien pourquoi lâart a toujours paru une sorte de prestige et mĂȘme de miracle. Car il donne une valeur Ă des choses qui par elles-mĂȘmes semblaient nâen avoir aucune. Or cette valeur semble produite par lâaction grĂące Ă laquelle nous parvenons Ă les figurer. Ce qui nous conduit Ă nous demander si lâart nâaurait pas son origine dans le pouvoir crĂ©ateur de lâesprit plutĂŽt que dans son pouvoir contemplatif. LâĆuvre dâart que nous avons sous les yeux accumule en elle toutes les actions quâil a fallu accomplir pour la crĂ©er et le propre de la contemplation câest seulement, en nous les donnant toutes Ă la fois, de nous permettre de les retrouver et de les accomplir encore par lâimagination. Lâart alors, comme la poĂ©sie, rĂ©siderait dans une activitĂ© inventive et crĂ©atrice par laquelle nous remonterions jusquâĂ cette source mĂȘme oĂč les choses prennent naissance il nous les montrerait dans la puissance mĂȘme qui leur permet dâĂ©clore. Ainsi sâexpliquerait ce rajeunissement, ce renouvellement que lâart imprime Ă toutes choses, aux plus banales, aux plus usĂ©es. Il semble les faire sortir des mains de lâartiste telles quâelles sont sorties des mains du crĂ©ateur. De lĂ les interprĂ©tations diffĂ©rentes que lâon a pu donner de lâactivitĂ© artistique elle-mĂȘme, soit quâon la considĂšre comme Ă©tant lâactivitĂ© propre de lâhomme qui introduit la beautĂ© dans le monde au moment oĂč il le fait pĂ©nĂ©trer dans une forme quâil a conçue soit quâon la considĂšre comme une activitĂ© qui dĂ©passe la nĂŽtre et qui, issue des tĂ©nĂšbres de lâinconscient, nous oblige Ă retrouver dans le rĂ©el lâappel dâune vie profonde presque toujours masquĂ©e par lâexpĂ©rience quotidienne, soit que lâon imagine une parentĂ© entre lâactivitĂ© par laquelle les choses se font et lâactivitĂ© par laquelle nous les percevons, de telle sorte que, pour en prendre possession, nous soyons amenĂ©s Ă en retrouver les diffĂ©rentes formes, Ă les figurer et Ă les multiplier. Le caractĂšre original de lâart, ce serait alors de nous obliger Ă rĂ©inventer le monde, de nous associer Ă ce mouvement qui ne cesse de le produire et de lâanimer et quâil est libre encore de prolonger et dâinflĂ©chir dâune infinitĂ© de maniĂšres. 11Il ne peut pas ĂȘtre question de contester cet Ă©lĂ©ment dâinvention et de crĂ©ation sans lequel lâart ne produirait rien. Et mĂȘme il nây a point de vue qui semble pĂ©nĂ©trer plus avant dans lâessence mĂȘme de lâart que celle qui essaie de lâatteindre dans lâacte mĂȘme qui le fait ĂȘtre bien plus, il y a une relation fort Ă©troite entre le caractĂšre par lequel nous avons essayĂ© de dĂ©finir lâart et qui est de donner aux choses une prĂ©sence toute neuve et celui qui nous permet de les considĂ©rer dans cette dĂ©marche crĂ©atrice qui les rend sans cesse naissantes. Pourtant il faut considĂ©rer quâune dĂ©marche inventive nâa point par elle-mĂȘme une valeur esthĂ©tique, que lâon ne peut attribuer aux crĂ©ations de la science, de la technique, ou mĂȘme de la moralitĂ© que par une extension des termes qui est peut-ĂȘtre abusive. Lâimportant en effet, câest que cette crĂ©ation soit celle dâun spectacle qui puisse ĂȘtre contemplĂ©. Or cela nâest possible prĂ©cisĂ©ment que si ce spectacle est lâobjet privilĂ©giĂ© de notre crĂ©ation, ce qui ne peut arriver que si nous nous prĂ©occupons non point de produire des effets qui puissent prendre place dans le monde et en changer pour ainsi dire la nature, mais de produire un nouvel aspect de la rĂ©alitĂ©, libre de tout intĂ©rĂȘt et qui nous permette de la saisir en elle-mĂȘme, abstraction faite du parti que nous songeons Ă en tirer. De telle sorte quâici lâaction, malgrĂ© les apparences, nâest jamais quâun moyen au service de la contemplation, alors que partout ailleurs lâaction crĂ©atrice vaut par son efficacitĂ© mĂȘme, ce que nous pourrions exprimer â Ă condition de dĂ©tourner un peu les mots de lâacception que leur avait donnĂ©e Aristote â en disant que lâaction de lâartiste est proprement poĂ©tique, mais quâelle nâest jamais y a plus si lâart nous paraĂźt rĂ©sider avant tout dans une crĂ©ation, ce nâest pas parce quâil ajoute au monde rĂ©el un autre monde oĂč notre imagination et notre sensibilitĂ© trouvent une satisfaction plus parfaite, câest parce quâil donne au monde rĂ©el un caractĂšre de nouveautĂ©, câest parce quâil nous oblige enfin Ă le percevoir, câest quâil nous le montre tel quâil Ă©tait toujours sans que nous lâayons jamais su. Il est bien vrai quâil surgit alors dans notre reprĂ©sentation comme si câĂ©tait nous qui le produisions. Pourtant, il y a toujours dans la crĂ©ation au moment oĂč elle sort elle-mĂȘme du nĂ©ant et des tĂ©nĂšbres, le mystĂšre et lâeffort dâun arrachement. LâĂ©motion qui lâaccompagne est dâun autre ordre que lâĂ©motion esthĂ©tique elle est plus violente et plus trouble. Mais lâĂ©motion esthĂ©tique accompagne le créé ; il y a en elle une possession plus tranquille et plus apaisĂ©e. Elle ne naĂźt du jeu des passions que quand, Ă lâintĂ©rieur de ce jeu lui-mĂȘme, viennent sâintroduire lâharmonie et la sĂ©curitĂ©. Mais alors, le caractĂšre de nouveautĂ© insĂ©parable de lâĆuvre dâart change de sens loin dâexprimer cet accĂšs dans lâĂȘtre dâune forme dâexistence jusque lĂ inconnue, loin de traduire cette mobilitĂ© infinie qui empĂȘche lâhumanitĂ© de remettre jamais ses pas dans les traces de ses anciens pas, elle serait le signe au contraire dâun retour vers une rĂ©alitĂ© que nous nâavions pas quittĂ©e mais avec laquelle nous avions perdu contact et que nous retrouvons tout Ă coup avec une sorte dâĂ©merveillement. Lâart, câest le monde reconnu ; câest le mĂȘme monde que celui oĂč nous avons toujours vĂ©cu, mais qui cesse de nous ĂȘtre Ă©tranger, qui rĂ©pond Ă toutes les puissances de notre Ăąme et coĂŻncide avec leur exercice. Câest pour cela quâil est toujours nouveau, non pas de cette nouveautĂ© instable et, inquiĂšte qui ne nous donne quâun Ă©branlement de surface, mais de cette nouveautĂ© si claire et si profonde que revĂȘt Ă chaque fois notre propre maison quand nous en avons vĂ©cu longtemps sĂ©parĂ© et que le moindre objet quâelle contient acquiert pour nous plus de profondeur et plus dâĂ©clat que tous les trĂ©sors de la fable. Ainsi lâart nâinvente rien ; il nous montre dans la moindre parcelle de ce qui nous est donnĂ© une richesse qui suffit Ă nous combler. Il introduit dans le temps lui-mĂȘme la dimension de lâĂ©ternitĂ© ; câest elle qui donne Ă chaque objet, dĂšs que lâart lâa touchĂ©, une inaltĂ©rable nouveautĂ©. Ainsi, quels que soient les efforts dâinvention et de crĂ©ation de lâartiste pour dĂ©passer le monde quâil a sous les yeux et nous faire pĂ©nĂ©trer dans un monde qui est son ouvrage, ces efforts nâaboutissent que sâils produisent un spectacle dans lequel nous retrouvons le rĂ©el qui jusque lĂ nous avait toujours Ă©chappĂ©, de telle sorte que toute invention doit venir se rĂ©soudre dans la dĂ©couverte mĂȘme de ce qui est, et toute crĂ©ation, dans la prĂ©sence du rĂ©el qui tout Ă coup nous est lors, tout le mystĂšre pour nous est de savoir pourquoi nous ne pouvons prendre possession des choses quâĂ travers cette apparence que nous crĂ©ons et qui semble pourtant nous en Ă©loigner. Câest le moment maintenant de rĂ©aliser la synthĂšse de ces deux caractĂšres qui sont indissolublement unis dans lâart Ă savoir quâil dĂ©tache le spectacle du rĂ©el de toutes ses servitudes, câest-Ă -dire de lâhabitude et du besoin, et quâen crĂ©ant ce spectacle, il lui donne une Ă©ternitĂ© toujours renaissante. Tout dâabord, nous pouvons dire que le caractĂšre propre de lâart, câest en effet de produire une apparence ; mais nous donnerons Ă ce mot son sens le plus fort. Câest dans lâart seulement que le rĂ©el nous apparaĂźt, mais pour cela il faut que nous donnions a cette apparence une rĂ©alitĂ© sĂ©parĂ©e jusque lĂ le rĂ©el nous rassurait par une prĂ©sence obscure que nous nâavions pas besoin dâactualiser ; lâart, au contraire, nous oblige Ă le faire. Il isole lâapparence des choses afin de montrer quâen effet elles nous apparaissent. Mais il y a plus, les choses ne nous sont jamais prĂ©sentes par elles-mĂȘmes pour quâelles le deviennent, il faut que nous nous les rendions nous-mĂȘmes prĂ©sentes. Et mĂȘme on peut dire quâil nây a pas dâautre prĂ©sence que la prĂ©sence de lâesprit. Ă lui-mĂȘme. Cette prĂ©sence se rĂ©alise par une activitĂ© quâil dĂ©pend de lui dâexercer. Câest par elle que la rĂ©alitĂ© nous deviendra prĂ©sente Ă son tour. Mais il y faut lâattention la plus dĂ©sintĂ©ressĂ©e et la plus pure. Et nous savons Ă quel point lâactivitĂ© de lâesprit est vacillante et prompte Ă flĂ©chir ; elle se repose sur lâobjet, dĂšs quâelle croit lâavoir rencontrĂ© et cesse dây appliquer son effort. Elle le perd presque aussitĂŽt quâelle lâa trouvĂ©. Or, rien ne peut ĂȘtre prĂ©sent pour nous que dans lâacte mĂȘme par lequel nous rĂ©alisons cette prĂ©sence. Mais cet acte peut-il demeurer purement intĂ©rieur ? Nous consentons Ă reconnaĂźtre que chez certains esprits dâune vigueur singuliĂšre, chez tous les hommes dans certaines minutes bienheureuses, chez lâartiste dans ce moment chargĂ© dâune Ă©motion incomparable oĂč la possession et la jouissance du rĂ©el ont pour lui tant de plĂ©nitude et de perfection que le pinceau lui tombe des mains, la crĂ©ation artistique peut paraĂźtre fragile et inutile la prĂ©sence mĂȘme du rĂ©el nous est livrĂ©e alors sans intermĂ©diaire avec une beautĂ© surabondante qui nous ĂŽte la puissance dâagir. Seulement, cette rĂ©vĂ©lation est elle-mĂȘme rare et Ă©vanouissante ; quand elle nous manque, nous cherchons Ă la susciter et Ă la produire ; nous cherchons Ă la maintenir quand elle commence Ă nous fuir. Nous voulons pouvoir la retrouver nous-mĂȘme quand nous lâavons perdue, nous voulons la suggĂ©rer Ă ceux qui ne lâont pas et leur communiquer un bien dont nous les croyons appelĂ©s Ă jouir avec nous. Câest alors que la main vient au secours de lâesprit. Mais il se produit alors un phĂ©nomĂšne admirable, câest que la main ne se contente pas de prolonger lâaction de lâesprit, dâimmobiliser la vision du rĂ©el quâil nous a donnĂ©e de maniĂšre Ă nous en assurer une possession stable et qui nous permet dâen disposer. Il faut dire que la main oblige lâesprit Ă exercer toutes ses puissances elle rĂ©veille son attention et lâinvite sans cesse Ă se tendre ce projet quâa le peintre de capter le rĂ©el sur sa toile comme un spectacle pur ravive son regard, lui donne plus dâacuitĂ© et de dĂ©licatesse et le contraint Ă dĂ©gager du rĂ©el le spectacle mĂȘme dont lâesprit ne peut prendre possession que dans une sorte de circulation ininterrompue entre lâĆil et la main, oĂč chacun dâeux renvoie vers lâautre et lâincite Ă se dĂ©passer. On peut bien dire du peintre que ce quâil est capable de voir est la mesure de ce quâil est capable de peindre. Mais lâinverse est vrai plus quâon ne le croit, ce qui justifie en partie tous ceux qui veulent rĂ©duire lâart Ă la technique. Ainsi, on ne sâĂ©tonnera pas que notre vision du rĂ©el sâenrichisse au cours mĂȘme des efforts que nous faisons pour la fixer Ă travers les maladresses de lâexĂ©cution nous reconnaissons aussi les insuffisances de la vision et tant que lâĆuvre nâest pas terminĂ©e, nous ne cessons de les dire que dans lâĆuvre dâart lâesprit sâest reconnu ; il se donne lĂ le spectacle de lui-mĂȘme en mĂȘme temps que le spectacle des choses et la perfection de lâart se trouve atteinte au moment oĂč ces deux spectacles nâen font quâun. Le jeu de lâĂ©motion esthĂ©tique, câest le jeu de leur coĂŻncidence tour Ă tour perdue et retrouvĂ©e. Lâart est le moyen qui permet Ă lâesprit de se mirer pour ainsi dire dans le rĂ©el et câest pour cela que le rĂ©el devient pour lui intelligible, non pas seulement dâune intelligibilitĂ© abstraite comme celle de la science qui nous permet de le dominer par une loi, mais de cette intelligibilitĂ© sensible par laquelle il devient aussi lâobjet de notre vouloir et lâexpression de notre vie. Câest en composant le rĂ©el que lâart lâapprĂ©hende ; mais par lĂ il se rend le rĂ©el prĂ©sent en devenant lui-mĂȘme prĂ©sent au cĆur du rĂ©el, de telle sorte que lâon ne sait plus dire sâil se lâest incorporĂ© ou sâil est incorporĂ© Ă lui. Car le rĂ©el nâest plus pour lui que lâesprit rĂ©alisĂ© ce qui permet dâexpliquer ce caractĂšre que nous avons reconnu dâabord dans lâĆuvre dâart de nous donner une satisfaction qui nous comble car elle est en elle-mĂȘme finie, achevĂ©e, mais elle retient toute lâattention de lâesprit qui ne songe pas Ă la quitter, Ă sâen Ă©vader, qui ne cesse de circuler en elle, parce quâelle renouvelle toujours son propre mouvement sans 1âĂ©puiser jamais. Câest dire encore quâelle enclĂŽt lâinfini dans le fini, et par lĂ nous montre comment lâesprit et le rĂ©el parviennent Ă coĂŻncider car le caractĂšre du rĂ©el, câest comme on le voit dans lâobjet le plus humble, de donner prise Ă la multiplicitĂ© infinie de visions diffĂ©rentes, mais de les surpasser toutes. Or, le propre de lâart câest de nâen rĂ©aliser quâune, de nous proposer telle vision particuliĂšre que tel artiste en a eue dans telle circonstance et Ă tel moment. Mais dans cette vision, lâesprit sâest emparĂ© du rĂ©el, il nous rĂ©vĂšle sa prĂ©sence qui jusque lĂ nous avait Ă©tĂ© refusĂ©e ; par lâintermĂ©diaire de la vision dâun autre, lâart nous dĂ©couvre la nĂŽtre et ne cesse de lâenrichir. Bien plus, il produit dans la conscience du spectateur une multiplicitĂ© infinie de suggestions diffĂ©rentes qui peuvent toujours aller au-delĂ de ce que lâartiste a lui-mĂȘme senti, pensĂ© et voulu. Ainsi, câest lâĆuvre la plus individuelle Ă la fois par son objet et par le gĂ©nie de son auteur qui Ă©veille le plus de rĂ©sonances dans toutes les consciences, câest-Ă -dire qui a le plus dâuniversalitĂ©. Et comme le propre dâune esquisse, câest de nous laisser assez de libertĂ© pour que nous puissions lâachever dâune infinitĂ© de maniĂšres, le propre du chef-dâĆuvre, câest de sâoffrir Ă la mĂȘme libertĂ© dans la perfection dâun achĂšvement qui est bien loin de la borner puisquâau contraire elle ne parviendra jamais Ă lâ nous venons dâobserver que lâart doit composer le rĂ©el pour nous en donner la prĂ©sence. Nâest-ce point de nouveau ramener lâessence de lâart Ă une dĂ©marche inventive et crĂ©atrice et subordonner en lui la contemplation Ă lâaction ? Mais peut-ĂȘtre pourrait-on montrer que composer le rĂ©el, câest beaucoup moins ĂȘtre capable de le produire quâĂȘtre capable de le percevoir. Ou du moins, nous ne parvenons Ă le produire que selon les lois qui nous ont permis de le percevoir. Car câest seulement quand nous avons dĂ©couvert les lignes de structure du rĂ©el que nous sommes capable de le reconstruire faute de quoi notre construction elle-mĂȘme sâĂ©croulerait. Mais il y a plus ce nâest pas parce quâil est construit par nous que le rĂ©el prĂ©sente pour nous un caractĂšre esthĂ©tique ; câest parce quâen le construisant, nous obligeons le regard Ă dĂ©couvrir les proportions qui le soutiennent et qui lui permettent de subsister. 14Mais pour cela il serait bon dâĂ©tudier les arts qui ne sont point Ă proprement parler des arts dâimitation comme ceux auxquels nous paraissons avoir attachĂ© jusquâici une sorte de privilĂšge et de considĂ©rer par exemple lâarchitecture, la poĂ©sie et la musique, câest-Ă -dire des arts dans lesquels il ne sâagit pas de nous livrer la prĂ©sence dâune rĂ©alitĂ© prĂ©existante, mais de crĂ©er une rĂ©alitĂ© nouvelle par une action qui la devance et qui doit, semble-t-il, expliquer tous ses caractĂšres, en particulier le plaisir esthĂ©tique quâelle nous donne. Ici, on discerne mieux que partout ailleurs le rĂŽle dâune activitĂ© intellectuelle et volontaire qui en composant entre eux de purs rapports, donne lâĂȘtre Ă des Ă©difices de pierres ou de sons qui nâont trouvĂ© hors de notre esprit aucune espĂšce de modĂšle. Il nây a point dâarts qui soient plus instructifs pour le philosophe, ni qui lui fournissent un si beau sujet de mĂ©ditation, puisque dans chacun dâeux nous voyons lâesprit, par son mouvement propre et par les combinaisons quâil invente, chercher Ă Ă©branler la sensibilitĂ© et pour ainsi dire Ă en disposer câest lui qui calcule et mesure par avance tous les effets quâil pourra produire en elle. Nous nous trouvons mĂȘme ici au nĆud de tous les problĂšmes philosophiques, au point oĂč la destinĂ©e de lâart fait corps avec celle de lâhomme et de la civilisation tout entiĂšre, sâil est vrai que la conscience rĂ©sulte toujours de la rencontre mystĂ©rieuse de lâactivitĂ© et de la passivitĂ© en nous et quâil ne peut point y avoir pour elle de conquĂȘte plus haute que celle qui consisterait Ă ne plus subir dâautre passivitĂ© que celle quâelle sâimposerait par son activitĂ© mĂȘme. Or on ne peut douter que ce ne soit lĂ en effet la fin propre de lâart il est cette exceptionnelle rĂ©ussite qui nous permet au prix de beaucoup dâefforts, de rĂ©concilier ce que nous voulons avec ce que nous Ă©prouvons. Et câest pour cela quâil Ă©claire notre pensĂ©e au lieu dâavoir besoin dâĂȘtre Ă©clairĂ© par elle. Mais il y a lĂ pourtant un caractĂšre qui est commun Ă tous les arts et non pas seulement propre Ă quelques-uns. Car les arts dâimitation mettent en jeu eux aussi une activitĂ© rĂ©glĂ©e par laquelle ils cherchent Ă atteindre la sensibilitĂ© et Ă lâĂ©mouvoir. Seulement, câest pour nous faire retrouver une prĂ©sence qui, dans lâarchitecture et la musique, nâaura Ă©tĂ© lâobjet dâaucune expĂ©rience et sera par consĂ©quent une prĂ©sence produite par lâart lui-mĂȘme, une prĂ©sence créée. Ce qui permettrait de considĂ©rer ces arts comme plus purs en quelque sorte que tous les autres, puisquâau lieu de prendre la nature pour soutien, ils ne connaĂźtraient point dâautre nature que celle dont ils seraient eux-mĂȘmes les lors on pourrait se demander sâil est encore possible de les regarder comme une rĂ©vĂ©lation du rĂ©el. En eux, tout dĂ©pend du propos et de lâartifice, et la sensibilitĂ© se fait juge de lâactivitĂ© qui a produit tel ouvrage sans sâinterroger sur sa puissance Ă©vocatrice par rapport Ă une rĂ©alitĂ© qui nâa point de ressemblance avec lui. Cependant, une telle opposition nous inspire quelque dĂ©fiance, dâabord parce quâil serait onĂ©reux de rompre inutilement la solidaritĂ© entre les diffĂ©rents arts, ensuite parce quâon pourrait allĂ©guer aussi, et on nâa pas manquĂ© de le faire, lâexistence dâune peinture pure qui devrait nous apporter une satisfaction indĂ©pendante de toute relation avec lâobjet qui lui a servi de modĂšle, enfin, parce que les arts qui paraissent ajouter le plus Ă la rĂ©alitĂ© sont ceux qui sont le plus rigoureusement soumis Ă ses lois. Ce que lâon comprendra facilement si lâon rĂ©flĂ©chit que la peinture la plus imparfaite et le plus mauvais dessin rĂ©ussissent encore Ă Ă©voquer les dĂ©linĂ©aments du rĂ©el, et quâil peut toujours y avoir en eux quelque faux-semblant, au lieu quâun Ă©difice architectural ou musical qui ne tiendrait pas le compte le plus exact des lois de la pesanteur ou de celles de lâoreille sâĂ©croulerait sans pouvoir ĂȘtre sauvĂ© il peut montrer leur souplesse, ruser avec elles, tĂ©moigner que leur action sâexerce encore lĂ oĂč il semble les dĂ©fier, mais ce sont elles qui assurent la soliditĂ© de lâĂ©difice, qui lui donnent du mĂȘme coup son caractĂšre rĂ©el et son caractĂšre esthĂ©tique. Et câest seulement lorsquâil acquiert un caractĂšre esthĂ©tique quâil nous dĂ©couvre la prĂ©sence mĂȘme de ces proportions qui sont comme le rĂ©seau dans lequel la rĂ©alitĂ© demande Ă ĂȘtre saisie. Les pierres et les sons ne sont plus ici que des instruments ou des vĂ©hicules. La rĂ©alitĂ© dont ils nous donnent la prĂ©sence par leur assemblage, câest celle dâun ordre dont on peut bien dire que lâartiste le produit, mais dont il est plus vrai encore de dire quâil le dĂ©couvre et quâil cherche seulement Ă le manifester. Voici donc des arts qui, bien quâils demandent plus quâaucun autre Ă la matiĂšre et au sensible, sont cependant les plus abstraits de tous, puisquâils ne portent que sur des rapports. Nous saisissons ici lâactivitĂ© de lâesprit dans son pur exercice dans son pouvoir proprement inventif, dans la facultĂ© quâelle a dâintroduire dans le monde des crĂ©ations absolument nouvelles. Ce nâest lĂ pourtant quâune apparence. Ou du moins, nous avons affaire maintenant Ă une conjugaison subtile de lâesprit et du rĂ©el qui fait que lâinvention la plus hardie ne fait quâun avec une dĂ©couverte obtenue et que la crĂ©ation la plus originale se dĂ©noue en une nĂ©cessitĂ© contemplĂ©e. On peut sur ce point invoquer les tĂ©moignages de la conscience qui invente ou qui crĂ©e aussi longtemps quâelle garde encore lâimpression dâajouter au rĂ©el, câest quâelle ne lâa pas atteint, elle est encore dans la pĂ©riode des essais, elle nâa pas dĂ©passĂ© lâhorizon de sa propre subjectivitĂ©. Mais les plus grands de tous les artistes savent bien que quand ils trouvent, câest quâils sont allĂ©s au delĂ de lâinvention elle-mĂȘme. Les mots de juste, de pur ou de parfait nâont de sens que pour Ă©voquer une rencontre du rĂ©el que nous nâavions encore quâapprochĂ© et qui ne donne Ă lâesprit tant de sĂ©curitĂ© et de certitude que parce quâil perçoit enfin dans ce qui est la raison mĂȘme de ce qui le fait voit bien maintenant quel est le caractĂšre de lâart. Câest bien de nous donner la prĂ©sence mĂȘme du rĂ©el, et par consĂ©quent de nous en apporter la rĂ©vĂ©lation. Mais il ne peut y rĂ©ussir quâen le figurant, Ă la fois parce que câest ainsi quâil rĂ©ussira Ă le dĂ©livrer de toutes ces prĂ©occupations pratiques qui le recouvrent et le dissimulent et par suite Ă le transformer en un spectacle pur, â et parce que, pour le figurer, lâesprit sâoblige Ă le composer selon les lois intĂ©rieures qui lui permettent de subsister et par lĂ le pĂ©nĂštre et en prend possession. Dans lâart, on peut dire Ă©galement que le rĂ©el devient tout entier transparent pour lâesprit et quâil nây a pas un seul de ses Ă©lĂ©ments qui ne soit un point dâapplication pour lâune de ses opĂ©rations. Alors, le rĂ©el devient la vĂ©ritable patrie de lâesprit. Ce que lâon comprend aisĂ©ment si lâon songe dâune part que lâart nâa dâexistence que pour lâesprit et dans lâesprit, puisque lâobjet qui produit en nous lâĂ©motion esthĂ©tique la plus vive peut ĂȘtre dĂ©crit par un indiffĂ©rent comme lâobjet le plus commun sans que rien lui soit retranchĂ© et, dâautre part que, cet objet, dĂšs que lâart sâen retire, se change aussitĂŽt en un obstacle ou en un moyen, câest-Ă -dire perd sa rĂ©alitĂ© propre et ne peut plus ĂȘtre apprĂ©hendĂ© comme un simple spectacle. Mais lĂ oĂč est le rĂ©el, et lĂ oĂč est notre esprit, câest lĂ aussi quâest notre vie vĂ©ritable. Lâart nâest donc pas une Ă©vasion. Lâartiste le sait bien qui considĂšre la vie commune comme nâayant point dâautre rĂŽle que de lui permettre lâaccĂšs dans un monde plus lumineux oĂč les choses acquiĂšrent leur juste relief et leur vĂ©ritable valeur il nâa point deux vies sĂ©parĂ©es car sa vie commune est toute pĂ©nĂ©trĂ©e par 1âautre qui nâen exprime que la suprĂȘme rĂ©ussite et pour ainsi dire 1âextrĂȘme pointe. Comme il nây a point de lumiĂšre sans ombre, lâart forme contraste avec la banalitĂ© ou la laideur des Ă©vĂ©nements quotidiens ; mais câest quâil est insĂ©parable dâun regard quâil dĂ©pend de nous de diriger, dâune activitĂ© quâil dĂ©pend de nous de mettre en Ćuvre, et pour tout dire dâune responsabilitĂ© quâil dĂ©pend de nous dâassumer Ă lâĂ©gard du monde. Alors, il nây a plus rien de rĂ©el dans le monde qui, en nous dĂ©couvrant sa signification, ne nous dĂ©couvre aussi sa beautĂ©. Câest au point mĂȘme oĂč elles nous montrent leur beautĂ© que les choses nous dĂ©couvrent aussi leur rĂ©alitĂ©. Et câest pour cela que lâesprit le plus profond est celui qui voit dans le monde le plus de choses belles. On voit donc combien Platon avait tort de chasser les poĂštes de la RĂ©publique en leur reprochant dâembellir les choses laides les poĂštes ne changent lâapparence des choses que parce quâils dĂ©couvrent leur essence secrĂšte. Et sâil est vain de vouloir subordonner lâart Ă la moralitĂ©, nous savons pourtant quâil existe une beautĂ© morale dans laquelle le bien, cessant dâĂȘtre une pure intention du vouloir, devient lui aussi une prĂ©sence manifestĂ©e. Notes [1] Ce texte est celui dâune confĂ©rence faite en Roumanie et dont la traduction roumaine a Ă©tĂ© publiĂ©e en 1938.
Vers une Nouvelle SantĂ©... Avec l'arrivĂ©e de l'Ere Nouvelle l'ĂȘtre humain saisit les TrĂ©sors de la Terre et leur utilisation pour le maintien en bonne SantĂ©. S'ils s'adaptent Ă l'immense Mouvement des Courants Vitaux sacrĂ©s, alors les ĂȘtres humains retrouveront la SantĂ©. L'Art de la SantĂ© consiste notamment Ă trouver la Force de GuĂ©rison dans toutes les plantes. La SantĂ© Naturelle, ça s'apprend ... Naturellement! Le vĂ©ritable Art de GuĂ©rir ne s'apprend pas. S'installer sur une Hauteur peut aider Ă retrouver la SantĂ©. Vivre en plein air confĂšre FraĂźcheur et SantĂ©. "Fais du bien Ă Ton corps pour que Ton Ăąme ait le dĂ©sir d'y demeurer..." - Proverbe Indien - Rechercher Sur L'art De Vivre Sain Recherche Newsletter L'Art de Vivre Sain DĂ©couvrez les Lois et les Principes de L'Art de Vivre Naturellement en Bonne SantĂ©! Archives Articles RĂCents Pages De L'art De Vivre Sain CatĂ©gories Inscrivez-Vous Ă La Newsletter Abonnez-vous pour ĂȘtre averti des nouveaux articles publiĂ©s. Liens
BiensĂ»r, lâart ne parle pas Ă tout le monde. Serge Gainsbourg, lors de son altercation avec Guy BĂ©art, a donnĂ© une classification des arts quâil a scindĂ© en deux catĂ©gories : les arts mineurs et les arts majeurs. Selon lui, les arts majeurs correspondent Ă ceux que seuls les initiĂ©s peuvent comprendre : la peinture, la poĂ©sie, lâarchitecture, le classique. Les arts mineurs sontLa Foire internationale d'art contemporain Fiac, qui s'ouvre jeudi Ă Paris, illustre plusieurs des travers dĂ©noncĂ©s par les pourfendeurs de ce milieu. Des critiques qui ne sont pas toutes rejetĂ©es par les acteurs de ce marchĂ© jeudi 18 au dimanche 21 octobre se tient "l'Ă©vĂ©nement le plus drĂŽle de Paris", du moins aux yeux de l'animateur Pascal Praud la Fiac, la grande foire d'art contemporain qui investit chaque annĂ©e le Grand Palais Ă Paris. Fervent dĂ©fenseur du "bon sens", le chroniqueur tĂ©lĂ© ne manque pas une occasion de qualifier l'art contemporain de "plus grande escroquerie de notre Ă©poque", et avait raillĂ© la Fiac en 2014, sur RTL, expliquant qu'on pouvait y voir "des gogos blindĂ©s jusqu'Ă l'ISF ... se pĂąmer devant une sculpture reprĂ©sentant une crotte de chien". >> VIDEO. Vous ĂȘtes totalement hermĂ©tique Ă l'art contemporain ? Ces quatre Ćuvres pourraient bien vous faire changer d'avis. Il n'est pas le seul Ă avoir ce point de vue. L'Ă©vĂ©nement, destinĂ© Ă la fois aux collectionneurs et aux curieux, cristallise chaque annĂ©e toutes les critiques habituelles entendues au sujet de l'art contemporain. Elles reviennent dans la bouche de nombreux sceptiques, qu'ils soient hermĂ©tiques Ă l'art en gĂ©nĂ©ral ou plus particuliĂšrement fanatiques des peintres et sculpteurs des siĂšcles prĂ©cĂ©dents. Et peut-ĂȘtre que vous-mĂȘme, qui lisez cet article, en faites partie. Nous avons tentĂ© de rĂ©pondre Ă six affirmations trĂšs rĂ©pandues quand il s'agit de pourfendre l'art contemporain, et de dĂ©celer leur part de vĂ©ritĂ© ou de caricature. "Je ne vois pas pourquoi je devrais aimer des Ćuvres moches" Vous l'avez remarquĂ© les artistes contemporains ne cherchent plus forcĂ©ment Ă faire du beau. La journaliste et critique d'art Elisabeth Couturier reconnaĂźt elle-mĂȘme que la beautĂ© "n'est pas ce qu'on attend en prioritĂ©" dans le milieu. "On espĂšre surtout d'une Ćuvre qu'elle nous questionne, nous dĂ©stabilise". Vous pouvez ne pas partager cet avis, mais il est largement rĂ©pandu chez ceux qui font l'art contemporain, ceux qui l'exposent et ceux qui le recommandent dans les mĂ©dias. Cela dit, l'art contemporain n'a pas inventĂ© cette dĂ©marche. Prenez Gustave Courbet, un peintre du XIXe siĂšcle que vous apprĂ©ciez sans doute â c'est en tout cas le cas de nombreux dĂ©tracteurs de l'art contemporain. Vous trouvez peut-ĂȘtre son Ćuvre "belle" par sa maĂźtrise de la peinture, mais "quand il a peint Un enterrement Ă Ornans, un tel rĂ©alisme Ă©tait considĂ©rĂ© comme ce qu'il y avait de plus laid", explique Elisabeth Couturier. "On pensait que l'art devait transcender la rĂ©alitĂ©". Mais si vous cherchez la beautĂ©, elle existe toujours. Jean Blaise, crĂ©ateur du parcours d'art contemporain Le Voyage Ă Nantes, cite en exemple le Serpent d'ocĂ©an du Chinois Huang Yong Ping, installĂ© en 2012 Ă Saint-BrĂ©vin Loire-Atlantique. Dans l'esprit de l'artiste, ce squelette de serpent qui entre et sort de l'eau au rythme des marĂ©es "venait nous annoncer de trĂšs mauvaises nouvelles pour la planĂšte". "Mais en plus de donner un message, c'est une Ćuvre Ă©poustouflante, qui a trĂšs vite Ă©tĂ© adoptĂ©e par tout le monde", se souvient-il. Et Ă l'inverse, faire du "moche" a parfois un sens. Ainsi, en 2009, Jean Blaise cherche une Ćuvre Ă disposer face Ă la nouvelle Ă©cole d'architecture de Nantes "En voyant ce trĂšs beau bĂątiment, on s'est dit qu'il serait plus intĂ©ressant de le provoquer", plutĂŽt que d'installer une statue qui se serait fondue dans le dĂ©cor. Son Ă©quipe choisit le collectif nĂ©erlandais Van Lieshout, qui conçoit "une espĂšce de gros chewing-gum bleu layette", tranchant avec la perfection moderne de l'Ă©cole. "Jean-Marc Ayrault [alors maire de Nantes] n'a pas du tout adorĂ©, parce que ça venait perturber un magnifique travail. Mais, aprĂšs une longue discussion sur le rĂŽle de l'art, il a fini par comprendre notre dĂ©marche et accepter". Ce qui montre que vous n'ĂȘtes pas le seul Ă ĂȘtre sceptique, mais qu'on peut revoir ses positions. "Ma fille de 5 ans pourrait faire aussi bien, et moi aussi je pourrais m'y mettre" Si ce que vous admirez dans l'art, c'est le don du Caravage pour peindre la lumiĂšre, on peut comprendre que vous restiez perplexe face Ă une toile entiĂšrement recouverte de blanc, ou que vous envisagiez d'orienter vos enfants vers une lucrative carriĂšre de peintre minimaliste. MĂȘme si les monochromes apparaissent dĂšs le dĂ©but de XXe siĂšcle, et ne sont donc pas une invention contemporaine, ils illustrent bien ce qui dĂ©range beaucoup de monde au sujet de l'art contemporain une forme de simplicitĂ©. Mais "essayez, vous verrez, ce n'est pas si facile de peindre un monochrome", prĂ©vient BĂ©atrice Joyeux-Prunel, maĂźtre de confĂ©rences en histoire de l'art contemporain Ă l'Ecole normale supĂ©rieure de Paris. Ces toiles se distinguent les unes des autres par un travail sur la gĂ©omĂ©trie, la texture ou la teinte de blanc, qui n'est jamais totalement pure cette vidĂ©o de Vox, en anglais, vous en dira plus. Mais leur intĂ©rĂȘt rĂ©side aussi dans la dĂ©marche de l'artiste. Eh oui, "tout le monde peut avoir l'idĂ©e d'un monochrome, mais encore faut-il le faire", estime BĂ©atrice Joyeux-Prunel, et, a priori, ce n'est pas votre cas. Et si, demain, vous tentez de vendre Ă un galeriste une toile simplement couverte de peinture blanche par vos enfants, il n'est pas sĂ»r qu'il l'achĂšte. "Pour que ce soit considĂ©rĂ© comme de l'art, il faut que ce soit adoubĂ© par le milieu", estime Elisabeth Couturier, qui a Ă©crit Art contemporain le guide Flammarion, 2015. Et cette reconnaissance des musĂ©es ou de la critique est attribuĂ©e quand ceux-ci voient que "l'artiste reprend le fil de l'histoire, qu'il emprunte les chemins ouverts par d'autres plasticiens avant lui et qu'il les ouvre encore plus". En clair, qu'il apporte quelque chose de nouveau. Prenez par exemple Fontaine, l'Ćuvre la plus cĂ©lĂšbre du plasticien Marcel Duchamp il s'agit d'un urinoir en porcelaine, renversĂ© et signĂ© par l'artiste. Vous aussi pourriez en acheter un dans le commerce et tenter de faire la mĂȘme "Ćuvre". Mais en prĂ©sentant cet objet dans une exposition Ă New York en 1917 â elle fut refusĂ©e â, Duchamp faisait preuve d'un culot rĂ©volutionnaire, qui a contribuĂ© Ă redĂ©finir ce qu'est une Ćuvre d'art, et continue d'influencer des artistes actuels. C'est la dĂ©marche qui en fait une piĂšce majeure. Aujourd'hui, il est donc totalement acceptĂ© dans le milieu de l'art de prĂ©senter des Ćuvres qui ne demandent pas de technique de la part de l'artiste. Et elles peuvent ĂȘtre saluĂ©es par la critique. Elisabeth Couturier prend pour exemple Mathieu Mercier, un plasticien français contemporain, auteur d'une sĂ©rie d'installations, Drum & Bass, "qui ne sont faites qu'avec des objets que vous pourriez acheter dans un magasin de bricolage. Mais quand vous les regardez, vous ĂȘtes comme devant un tableau de Mondrian", dont vous avez sans doute dĂ©jĂ vu sans forcĂ©ment le savoir les quadrillages minimalistes et colorĂ©s. "Quand on se prend au jeu, on comprend qu'on peut faire des figures avec autre chose qu'un pinceau et de la couleur." "Vous faites semblant de trouver ça profond, mais ça n'a aucun sens" Vous aviez peut-ĂȘtre beaucoup ri en lisant qu'en 2016, un visiteur du musĂ©e d'art moderne de San Francisco avait posĂ© ses lunettes sur le sol et que certains visiteurs avaient cru qu'il s'agissait d'une Ćuvre. S'il est juste un blagueur, est-ce aussi le cas de Marcel Duchamp et de son urinoir ? "On peut croire que c'est un escroc, mais il y a des bibliothĂšques entiĂšres remplies d'auteurs qui ont passĂ© leur vie Ă contempler son gĂ©nie", balaye Elisabeth Couturier. "Ăa veut quand mĂȘme dire qu'il a touchĂ© quelque chose. Il a ouvert des milliers de perspectives". Andy Warhol, dont le travail repose grandement sur le fait d'exposer comme des Ćuvres d'art des objets emblĂ©matiques de la sociĂ©tĂ© de consommation, n'aurait pas existĂ© si Duchamp n'avait pas redĂ©fini ce qui peut ĂȘtre une Ćuvre. Vous aurez donc du mal Ă convaincre des gĂ©nĂ©rations d'historiens que l'urinoir de Duchamp n'a en fait aucun sens. Mais il arrive bien sĂ»r aux dĂ©fenseurs de l'art contemporain eux-mĂȘmes de trouver certains artistes, pourtant reconnus, totalement inintĂ©ressants. StĂ©phane Correard, qui tient lui-mĂȘme un salon de galeristes, n'est par exemple pas convaincu par le travail de Daniel Buren, l'auteur des fameuses colonnes installĂ©es dans la cour du Palais-Royal Ă Paris. "Il a un discours thĂ©orique trĂšs fort, mais en rĂ©alitĂ©, son travail s'est 'spectacularisĂ©' au fil des annĂ©es, et aujourd'hui c'est devenu purement de la dĂ©coration", estime-t-il. Comme pour la musique ou le cinĂ©ma, vous pouvez donc parfaitement trouver sans intĂ©rĂȘt un artiste reconnu. StĂ©phane CorrĂ©ard rĂ©sume "Il y a des choses qu'on aime et d'autres, non. Ce qui n'a pas de sens, c'est d'ĂȘtre pour ou contre l'art contemporain dans son ensemble". "Je ne veux pas avoir besoin d'une notice pour comprendre les Ćuvres" Vous n'ĂȘtes pas le seul le sujet dĂ©chire aussi les amateurs d'art contemporain. "Dans les Ă©coles d'art, le discours d'un artiste sur son travail a presque plus d'importance que le travail lui-mĂȘme", dĂ©plore ainsi StĂ©phane CorrĂ©ard. "Pour moi, la vĂ©ritĂ© d'une Ćuvre doit se trouver dans l'Ćuvre elle-mĂȘme. Ăa doit rester quelque chose qu'on pourrait redĂ©couvrir plusieurs siĂšcles aprĂšs et comprendre." Quelle quantitĂ© d'informations faut-il donner au spectateur ? La taille des cartels qui accompagnent les Ćuvres varie considĂ©rablement selon les musĂ©es. "Il faut donner quelques clĂ©s, mais aussi faire comprendre que ce n'est pas le plus important. Quand on a appris Ă approcher l'art, les clĂ©s, on va les chercher soi-mĂȘme", estime Jean Blaise, qui a passĂ© sa carriĂšre Ă installer l'art contemporain dans l'espace public. D'autant qu'une Ćuvre n'a pas forcĂ©ment qu'un sens, dĂ©terminĂ© par l'artiste. Pour Elisabeth Couturier, "une Ćuvre forte Ă©voque des tas de choses, que l'artiste a parfois mises inconsciemment". Et il arrive qu'il n'y ait rien de particulier Ă comprendre. "Un artiste comme James Turrell fait appel au corps et aux sens", avec ses piĂšces vides oĂč il joue sur la lumiĂšre, explique la critique d'art. "Vous entrez et vous ĂȘtes immergĂ© dans une ambiance de couleur, du bleu, du noir. Vous ne voyez plus les arĂȘtes de la piĂšce, il vous fait perdre vos repĂšres, vous osez Ă peine marcher. C'est magnifique". "Tout ça ne sert qu'Ă faire de l'argent" Sans doute que la Fiac, avec ses 193 stands oĂč les Ćuvres sont Ă vendre, n'est pas l'Ă©vĂ©nement qui vous convaincra du contraire. StĂ©phane CorrĂ©ard trouve Ă©tonnant que "le principal Ă©vĂ©nement d'art contemporain dans l'annĂ©e soit une foire marchande". Dans le milieu de l'art, "la lĂ©gitimitĂ© apportĂ©e par le marchĂ© a dĂ©passĂ© celle apportĂ©e par les conservateurs de musĂ©es", s'inquiĂšte d'ailleurs le critique et collectionneur. Etre vendu cher fera plus de bien Ă la carriĂšre d'un artiste que d'ĂȘtre admirĂ© par les musĂ©es, qui finissent par suivre les collectionneurs StĂ©phane CorrĂ©ard relĂšve que le Centre Pompidou Ă Paris expose "Ă 90% des stars du marchĂ©". Vous n'avez donc pas tort en imaginant que l'argent influence au moins une partie de l'art contemporain. MĂȘme le trĂšs connu et trĂšs politique street-artist Banksy n'Ă©chappe pas au fait que ses Ćuvres soient vendues aux enchĂšres â et quand il met en scĂšne l'autodestruction d'une de ses toiles, elle prend de la valeur. Pour les artistes, il devient difficile de se faire un nom et de vivre de leur art sans plaire aux grands collectionneurs, "des multimillionnaires qui n'ont pas forcĂ©ment une ouverture artistique Ă©norme", prĂ©cise StĂ©phane CorrĂ©ard. "Si les musiciens devaient ĂȘtre financĂ©s par Bernard Arnault ou François Pinault [deux milliardaires français et mĂ©cĂšnes importants de l'art contemporain], poursuit-il, le hard rock ou le rap existeraient-ils ?" Les critiques voient surgir des artistes "qui dĂ©fraient le marchĂ© et dont on se demande pourquoi ils sont mis en avant", estime Elisabeth Couturier, si ce n'est qu'ils plaisent Ă ceux qui ont les moyens de les acheter. Elle se souvient notamment des "formalistes zombies", des peintres abstraits Ă la mode en 2014 "et qui ne valent plus un clou aujourd'hui". Leurs tableaux ne portaient aucune idĂ©e forte mais Ă©taient "parfaits pour les dĂ©corateurs", rĂ©sume le New York Magazine. Mais avant de rejeter l'art contemporain parce qu'il aurait vendu son Ăąme, sachez tout de mĂȘme que tout cela n'est pas nouveau. Auteure de Les Avant-gardes artistiques. Une histoire transnationale, BĂ©atrice Joyeux-Prunel rappelle que nombre de ces mouvements d'avant-garde "ont pu innover parce que les artistes vendaient une production plus classique Ă cĂŽtĂ©", tel Monet, envoyĂ© peindre des vues sur la CĂŽte d'Azur parce qu'elles plaisaient aux collectionneurs amĂ©ricains. En revanche, ce phĂ©nomĂšne prend aujourd'hui des proportions jamais vues dans le cas de certains artistes les plus chers du monde. La production de Damien Hirst ou Jeff Koons s'est transformĂ©e en une industrie qui emploie des dizaines de personnes, pour satisfaire la demande. "Je pense qu'ils sont aujourd'hui plus proches de ce qu'est une maison de couture qu'un artiste", estime StĂ©phane CorrĂ©ard des marques qui produisent de façon crĂ©ative, mais pour vendre Ă des clients fortunĂ©s. Il imagine mĂȘme un futur oĂč ces stars auraient "vocation Ă ĂȘtre remplacĂ©es un jour, Ă la tĂȘte de leur griffe, par de jeunes stylistes qui apporteraient de nouvelles idĂ©es". La mĂ©tamorphose de certains artistes en marques, que vous pouvez dĂ©plorer, serait alors complĂšte. "On ne se souviendra jamais de ces artistes comme on se souvient de Van Gogh aujourd'hui" Cela, vous n'en savez rien, et les professionnels de l'art non plus. "Moi-mĂȘme, je me pose souvent cette question", admet Jean Blaise. "Je pense qu'on ne sait pas lesquels des artistes contemporains resteront Ă la postĂ©ritĂ©". Ce qui est sĂ»r, c'est que l'art contemporain a un handicap par rapport aux courants qui l'ont prĂ©cĂ©dĂ© il est contemporain, justement, et le "tri" de l'histoire, qui permet de distinguer les grands artistes des autres, ne s'est pas encore fait. "A l'Ă©poque de Van Gogh, il y avait des centaines de Van Gogh, en moins bons", s'amuse Elisabeth Couturier. Mais ils sont tombĂ©s dans l'oubli, et vous ne les voyez pas sur les murs des musĂ©es. De plus, vous n'ignorez sans doute pas que parmi les artistes entrĂ©s au PanthĂ©on de l'art, beaucoup Ă©taient aussi trĂšs critiquĂ©s en leur temps. "A une Ă©poque, 99% des gens pensaient que Picasso n'Ă©tait pas un artiste", rappelle Jean Blaise. "Aujourd'hui, quand je regarde les personnes en train de faire la queue pour admirer la derniĂšre exposition Picasso, je me dis qu'Ă l'Ă©poque, elles auraient sans doute dĂ©testĂ©".
Aumoins cette candidature aura servi Ă quelque chose Le retour de Manuel Valls sur la Lire la suite. CatĂ©gories Fun , Musique Ătiquettes Alizee, Barcelone, Lolita, Manuel Valls. Cette professeure et ses Ă©lĂšves font une entrĂ©e trĂšs remarquĂ©e Ă lâĂ©cole en dansant sur Thriller. 28 mai 2021 par malala. Cette professeure et ses Ă©lĂšves dĂ©cident de danser en reprenant la
La morositĂ© ambiante a tout enclenchĂ©. Les doutes de certains artistes, perplexes, soudain, face Ă l'inutilitĂ© de leur art. Que le cinĂ©ma se porte bien, c'est une Ă©vidence, et Cannes le prouve chaque annĂ©e. Mais, au fond, sert-il encore Ă quelque chose ? Mahamat-Saleh Haroun. Photo Patrick Swirc / MODDS âLe cinĂ©ma saisit la vie avant la mortâ, Mahamat-Saleh Haroun, cinĂ©aste Notre relation au cinĂ©ma et Ă toute crĂ©ation est dĂ©terminĂ©e par notre propre histoire, notre passĂ©, bref, notre vĂ©cu... Ainsi, le travail de certains Ă©crivains, comme Primo Levi ou Imre KertĂ©sz tous deux rescapĂ©s des camps de concentration, tourne sans cesse autour de la Shoah - cette horreur. Dans mon cas, la traversĂ©e de la guerre civile au Tchad a Ă©tĂ© fondatrice. J'ai Ă©tĂ© blessĂ©, j'en porte encore les stigmates. La guerre m'a projetĂ© sur les routes de l'exil. Du coup, pour moi, le cinĂ©ma sert Ă prĂ©server "les belles choses que porte le ciel" Dante avant la catastrophe. A capter la beautĂ© des corps avant leur dĂ©chĂ©ance physique, Ă saisir la vie avant la mort. A poser les questions existentielles liĂ©es Ă la vie sur terre. NaĂźtre, vivre, mourir. Tel est le destin de l'homme. Tragique. Le cinĂ©ma sert Ă questionner cette tragĂ©die humaine et Ă "fabriquer des souvenirs", comme dit Jean-Luc Godard. » Nathalie Dessay. Photo Patrick Swirc âLa beautĂ©, en gĂ©nĂ©ral, nous sauve du dĂ©sespoirâ, Natalie Dessay, Cantatrice C'est prĂ©cisĂ©ment parce que le cinĂ©ma est inutile qu'il est beau. Si on y rĂ©flĂ©chit, l'art ne sert Ă rien ce n'est pas lui qui fait respirer, manger, dormir. J'aime la rĂ©flexion de Woody Allen Ă un journaliste qui exaltait son oeuvre "C'est trĂšs gentil, mais si vous avez une fuite dans votre appartement, un plombier vous sera nettement plus utile que moi..." Si ce n'est que tout ce que je viens de dire est faux au final, la lecture, la peinture, la beautĂ©, en gĂ©nĂ©ral, nous sauvent du dĂ©sespoir. MomentanĂ©ment, du moins. Au cinĂ©ma, les images qui permettent d'entrer de plain-pied dans la tĂȘte d'un auteur nous rendent moins seuls. Et nous permettent d'oublier, un instant, la prescience de notre mort... RĂ©cemment, j'ai vu Birdman, d'Alejandro GonzĂĄlez Iñårritu. J'avais dĂ©jĂ aimĂ© 21 Grammes et Babel, mais lĂ ... Rien que le premier plan, tenez un type en lĂ©vitation. On ne sait pas qui il est, pourquoi il est ainsi. C'est tout ce que j'aime un rĂ©alisateur qui sollicite, soudain, mon imaginaire. Celui qui me dit "1 + 1 = 2" ne m'intĂ©resse pas. » Fabrice Luchini. Photo Jean-Francois Robert âCe qu'est le cinĂ©ma pour moi un dĂ©lassementâ, Fabrice Luchini, comĂ©dien L'art utilitaire m'a toujours effrayĂ©. Je me souviens, en 1969, me promenant dans une forĂȘt de l'arriĂšre-pays niçois, avoir rencontrĂ© deux maoĂŻstes, tendance dure, Ă qui j'ai dĂ» dire une banalitĂ© comme "Qu'elle est belle, la forĂȘt, en cette saison !" L'un d'eux m'a rĂ©pliquĂ© "Tu es en pleine crise de disposition esthĂ©tisante, qui exalte ton comportement rĂ©actionnaire." Et l'autre a ajoutĂ© "Cette forĂȘt ne deviendra belle que si elle chauffe la classe ouvriĂšre"... Je vais vous dire ce qu'est le cinĂ©ma, pour moi un dĂ©lassement. Au théùtre, j'ai un double souci ne pas trahir le sens profond du texte par excĂšs de puissance vocale et, en mĂȘme temps, me faire entendre des derniers rangs - un travail d'assouplissement musculaire assez brutal. Au cinĂ©ma, je ne fais plus d'effort physique je me laisse couler dans la couleur souhaitĂ©e par le rĂ©alisateur. Cela dit, j'ai toujours ressenti, sur un tournage, l'incroyable bonheur de vivre dans une communautĂ© qui accepte de dĂ©penser entre 3 et 10 millions d'euros pour rendre rĂ©el le rĂȘve d'un artiste. Une sociĂ©tĂ© qui peut se le permettre est riche... Pour vous dire la vĂ©ritĂ©, mĂȘme si je trouve que Marcel Pagnol, dans ses films, aborde des thĂšmes comparables Ă ceux de Sophocle, mĂȘme si j'ai une passion pour Henri-Georges Clouzot, mĂȘme si j'ai une admiration sans borne pour les comĂ©diens d'avant-guerre, et mĂȘme si je suis capable de voir cinq fois de suite Le Parrain, de Coppola, en m'extasiant, jamais le plus beau des films ne m'a donnĂ© le bonheur que m'apportent, encore aujourd'hui, Un cĆur simple, de Flaubert, Voyage au bout de la nuit, de CĂ©line, et A la recherche du temps perdu, de Proust. Roland Barthes disait que les images ne peuvent pas tout, contrairement aux mots. Il avait raison. » Benjamin Biolay. Photo Patrick Swirc âLe cinĂ©ma rappelle aux gĂ©nĂ©rations futures le gĂ©nie de Marilynâ, Benjamin Biolay, chanteur, compositeur et comĂ©dien J'ai montrĂ©, un soir, Les 400 Coups Ă ma fille. Le choc qu'elle a eu ! Jusqu'Ă 5 heures du matin, elle a voulu voir L'Amour Ă 20 ans, Baisers volĂ©s, Domicile conjugal, L'Amour en fuite. Elle ne voulait plus lĂącher Antoine Doinel ! La veille, elle ne jurait que par Ryan Gosling. Le lendemain, c'est l'affiche des 400 Coups qui Ă©tait en fond d'Ă©cran sur son ordi !... VoilĂ , en fait, ce Ă quoi sert le cinĂ©ma rappeler aux gĂ©nĂ©rations futures la prĂ©sence de Jean-Pierre LĂ©aud. Ou le gĂ©nie de Marilyn, ma star prĂ©fĂ©rĂ©e... Quand j'entends dire qu'elle jouait mal, je deviens agressif, comme si on avait insultĂ© ma mĂšre. Qui plus est, Ă mes yeux, c'est l'une des plus grandes chanteuses de tous les temps. La seule Blanche qui sonne comme Ella Fitzgerald... » VĂ©ronique Cayla. Photo Lea Crespi/pasco âIl ouvre sur l'altĂ©ritĂ©. C'est un vecteur de tolĂ©ranceâ, VĂ©ronique Cayla, prĂ©sidente du directoire d'Arte France Dans notre monde saturĂ© d'images en tous genres, le cinĂ©ma ne devrait plus avoir ni de sens ni de place ? C'est tout Ă fait le contraire ! Dans ce monde oĂč rĂšgnent l'immĂ©diatetĂ© et la vitesse, il est une respiration, une parenthĂšse, comme un moment de suspension du temps. Milan Kundera dirait que le cinĂ©ma d'auteur renoue avec le plaisir de la lenteur et de la mĂ©moire, contre l'instantanĂ©itĂ©, l'instabilitĂ© et l'oubli... Un film est toujours le regard ciselĂ© d'un artiste posĂ© sur le monde, un geste rĂ©flĂ©chi et construit sur une Ă©poque. Il est transfiguration du rĂ©el lĂ oĂč trop d'images sont dans la rĂ©alitĂ© immĂ©diate, comme le flux dĂ©versĂ© en boucle par les chaĂźnes d'information. Il suffit de regarder Le Havre, d'Aki KaurismĂ€ki, ou Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako, pour comprendre la force Ă©vocatrice et poĂ©tique du cinĂ©ma sur les enjeux et les convulsions de notre Ă©poque. De mĂȘme, Still the water, de Naomi Kawase, est emblĂ©matique de l'Ă©motion universelle que peut procurer un film Ă travers un rĂ©cit pourtant trĂšs personnel. Car le cinĂ©ma est par essence affaire de partage. Tandis que la plupart des images qui transitent sur Internet aujourd'hui replient, recroquevillent l'individu sur lui-mĂȘme, le cinĂ©ma, au contraire, ouvre sur l'altĂ©ritĂ©, promesse de dialogue et d'Ă©changes avec les autres cultures, et donc vecteur de comprĂ©hension mutuelle â et de tolĂ©rance. LĂ oĂč le foisonnement des images rime souvent avec le rĂ©trĂ©cissement de notre univers, le cinĂ©ma, lui, Ă©largit notre champ de vision. » Fanny Ardant. Photo Patrick Swirc âLe cinĂ©ma, c'est la lumiĂšre dans le noir. Et sans lumiĂšre, on devient fouâ, Fanny Ardant, comĂ©dienne et rĂ©alisatrice Mais pourquoi faut-il que le cinĂ©ma serve Ă quelque chose ? Quel est ce besoin de notre sociĂ©tĂ© de vouloir ĂȘtre utile Ă toute force ! Le cinĂ©ma, c'est la lumiĂšre dans le noir. Et sans lumiĂšre, on devient fou... Il nous indique un chemin, celui oĂč il ne fallait pas aller, oĂč il ferait bon d'aller, oĂč il aurait Ă©tĂ© bon d'aller. J'ai toujours vu le cinĂ©ma comme une promesse. Chaque film en est une. Chaque salle que l'on ouvre, aussi. Et tant pis si, comme trop souvent, elles s'avĂšrent dĂ©cevantes. L'essentiel, c'est la dĂ©couverte. Dans une salle, sur un DVD, en VOD, que sais-je ? L'essentiel, c'est de suffoquer, brusquement, devant un plan, une rĂ©plique, un mouvement de camĂ©ra qui semblent n'avoir Ă©tĂ© imaginĂ©s que pour vous... Et tant pis si je ne vois pas que des chefs-d'Ćuvre. Quelle importance ? Seule la quĂȘte importe. L'attente. Ătre aux aguets. De mĂȘme qu'on entretient son souffle en courant, on entretient sa curiositĂ© en lisant ce que d'autres Ă©crivent, en regardant ce qu'ils filment. Sinon, c'est la sclĂ©rose garantie. Celui qui dit "A quoi bon tel livre ? A quoi bon tel film ?" est dĂ©jĂ passĂ© du cĂŽtĂ© des morts. Ou plutĂŽt, il a mis dĂ©finitivement une croix noire sur sa vie. » Harry Gruyaert. Photo Renaud Monfourny âIl me stimule. Son influence a Ă©tĂ© capitaleâ, Harry Gruyaert, photographe A me faire aimer la vie. J'ai une grande affinitĂ© sentimentale avec Truffaut. J'ai tellement Ă©tĂ© amoureux des actrices, celles de Bergman, par exemple. D'un point de vue esthĂ©tique, j'ai beaucoup appris en regardant les films d'Antonioni. Son sens des lieux, de l'architecture est tel que, quand il filme Rome, Barcelone ou Vienne, je perçois immĂ©diatement la ville. J'espĂšre qu'il en est de mĂȘme dans mes photos. Le cinĂ©ma est pour moi bien plus important que la littĂ©rature, peut-ĂȘtre mĂȘme plus important que la peinture. Il me stimule, m'apprend des choses. Son influence a Ă©tĂ© capitale. Et je ne peux imaginer vivre sans lui. Resterait alors un vide immense. » Edgar Morin. photo Denis Rouvre âIl ne nous sert pas nous nous servons de lui pour vivre poĂ©tiquementâ, Edgar Morin, philosophe Luc Bondy. Photo Jean-Luc Bertini / Pasco âLa mĂ©moire du cinĂ©ma fait de chacun de nous des artistesâ, Luc Bondy, Metteur en scĂšne et directeur de l'OdĂ©on-Théùtre de l'Europe Le cinĂ©ma ne sert Ă rien. Et il est indispensable. Comme le superflu. On comprend mieux certaines situations auxquelles on est confrontĂ© aprĂšs les avoir vues au cinĂ©ma. La PrisonniĂšre du dĂ©sert de John Ford m'a beaucoup appris sur la sĂ©paration avec l'ĂȘtre aimĂ©, et Eve de Mankiewicz sur l'ambition et la rivalitĂ© cachĂ©es de certains collaborateurs... Antonioni et Bergman m'ont aussi enseignĂ© Ă grandir, Ă vieillir. Les Ă©motions ressenties grĂące aux images sur grand Ă©cran sont souvent tellement plus violentes. Comme un Ă©lectrochoc dans la poitrine. C'est pour ça que je peste, parfois, contre l'accessibilitĂ© des films sur n'importe quel petit Ă©cran d'ordinateur ou de smartphone. Le choc se perd ! Mais couchĂ©, le soir, je ne peux pourtant m'empĂȘcher de regarder encore et encore, sur ces mini-Ă©crans, les chefs-d'Ćuvre qui m'ont nourri. Et appris Ă me souvenir... A l'internat, adolescent, nous nous racontions des nuits entiĂšres les films que nous aimions. Et en les racontant, finalement, on en inventait d'autres, on devenait crĂ©atifs. La mĂ©moire du cinĂ©ma fait de chacun de nous des artistes. C'est essentiel. » Jacques RanciĂšre. Photo Lea Crespi / Pasco âOn y a appris, en somme, Ă ĂȘtre au mondeâ, Jacques RanciĂšre, philosophe A quoi le cinĂ©ma sert-il encore ? Mais qui a jamais su, profits financiers mis Ă part, Ă quoi il servait exactement ? Du théùtre, on nous a dit qu'il Ă©tait une assemblĂ©e du peuple; de la peinture, qu'elle nous mettait en prĂ©sence du sacrĂ©, et de la culture qu'elle dĂ©veloppait l'esprit critique. Le cinĂ©ma Ă©tait trop peu de chose pour qu'on l'accablĂąt de telles missions. Chacun a pu s'y laisser aller au plaisir des histoires et des images sans se demander si c'Ă©tait de l'art, et rĂ©partir librement, en regardant sur une toile blanche des ombres qui lui montraient un monde semblable au sien, la part du simulacre et celle de la rĂ©alitĂ©. On y a appris Ă percevoir la singularitĂ© d'un regard collĂ© Ă une fenĂȘtre, d'un geste de complicitĂ© imperceptible, d'un mouvement qui cache l'Ă©motion qu'il exprime. On y a appris, en somme, Ă ĂȘtre au monde. Certains voient cette Ă©ducation Ă©vanouie avec les grandes salles d'hier. Mais la nostalgie de ce qu'il n'est plus appartient au charme prĂ©sent du cinĂ©ma ; la grĂące des gestes et des Ă©motions qu'il a créés est largement disponible sur ces Ă©crans d'ordinateurs oĂč certains voient sa mort. Et la surprise d'une image ou d'un son imprĂ©vu peut toujours advenir. Je pense Ă un film chinois Nezha, de Li Xiaofeng. Une salle de classe de la Chine profonde; une fillette, une nouvelle, qui dĂ©barque dans la classe, en amenant son pupitre. Une condensation d'immĂ©moriales histoires d'enfance pauvre et d'un moment de l'histoire du monde. Le film se perd ensuite dans des rĂšglements de comptes familiaux. Mais de beaucoup de films prompts Ă se perdre, il y a encore bien des moments d'Ă©motion, de grĂące et de surprise Ă extraire pour enrichir notre perception du monde. » SĂ©lection officielle Cannes 2015 Festival de Cannes 2015 Benjamin Biolay Edgar Morin Fabrice Luchini Fanny Ardant Luc Bondy Mahamat-Saleh Haroun VĂ©ronique Cayla Partager Contribuer Sur le mĂȘme thĂšme
Notion: L'art (latin ars, grec technĂš) dĂ©signe en un sens toute activitĂ© technique: pour fonctionner correctement, une chaudiĂšre doit ĂȘtre installĂ©e selon les rĂšgles de l'art, c'est-Ă -dire selon les normes techniques que doivent respecter les chauffagistes professionnels, qui sont des artisans â au mĂȘme titre que les maçons, les charpentiers, ou encore les coiffeuses.
Beaucoup de personnes, souvent aprĂšs de mauvaises expĂ©riences avec lâart, disent quâil ne sert Ă rien. De par son existence, il doit servir Ă quelque chose. Toute chose et ĂȘtre vivant ne servant Ă rien disparaĂźt par lâaction dâautres acteurs câest la loi de la nature et non des hommes. Ceux qui pensent que lâart ne sert Ă rien trouvent leur justification dans le fait que lâart nâest pas vital, quâil est assez cher et quâils se disent quâils nây comprennent rien alors que souvent il nây a rien Ă comprendre mais que des choses Ă voir. Lâart prĂ©sente tous les symptĂŽmes dâun privilĂ©giĂ© exacerbant ses serviteurs. Quelle est donc sa place dans la vie des hommes ? Nous disions que lâart nâĂ©tait pas vital câest vrai et câest une Ă©vidence. Mais ne joue-t-il un rĂŽle important ? si lâon lui prĂȘte attention. Lâart est partout dans la nature, dans les villesâŠlĂ oĂč lâhomme est et quâil peut attester que câest de lâart. La dĂ©coration intĂ©rieure, extĂ©rieure ;la forme des objets, des bĂątiments, lâarchitecture, la mode , la peinture, la photographie⊠Ils font tous partie de la famille de lâart. Certains sont cousins proches, dâautres plus Ă©loignĂ©s, il y a aussi des frĂšres et des sĆurs. Mais vous allez me dire que ce nâest pas toujours de lâart. Oui vous avez raison !mais le chemin nâest pas si long les personnes possĂ©dant du soi-disant non art auront peut-ĂȘtre lâenvie dâacquĂ©rir de lâart. Nous parlions tout Ă lâheure du caractĂšre Ă©motionnel de lâart, de ce quâune Ćuvre dâart pouvait apporter au spectateur cette Ă©motion souvent spontanĂ©e dĂ©versant son flux sur ce dernier, il aimerait bien acquĂ©rir cette Ćuvre. Câest dire si lâart apporte du bien-ĂȘtre, quelque chose de plus Ă chacun ; spectateurs et propriĂ©taires. Le besoin dâacquĂ©rir une Ćuvre dâart est certes crĂ©er, provoquer par les hommes mais lâĂȘtre du spectateur sâen trouve mieux en plus quand elle lui plaĂźt, dans un meilleur Ă©tat psychique, quâil veut sans attendre lâacquĂ©rir. Lâart fait donc du bien ! il aide certains Ă trouver ou Ă retrouver leur Ă©quilibre, perdu jadis. La couleur de lâart Ă©veille tous les sens. Vous choisissez une Ćuvre dâart, quelque chose dâart, qui vous plaĂźt, que vous aimez bien elle est positive pour vous ; vous lâexposerez chez vous et câest toute lâatmosphĂšre qui change les autres objets lâaccueillent comme le petit dernier, nouveau, nouvelle, lâaident Ă sâintĂ©grer. LâĆuvre, aimĂ©e du propriĂ©taire, nâabuse pas de la situation et de son caractĂšre privilĂ©giĂ© par rapports aux autres objets elle brille sans jalousie, reste humble, ouverte aux autres. Lâharmonie se crĂ©e entre tous. Lâhomme possĂ©dant lâĆuvre se trouve dans un meilleur Ă©tat psychique, mental quâavant et câest bien sĂ»r communicatif les autres hommes quâil rencontre sâen trouvent affecter dans le bon sens. Leurs Ă©tats changent aussi et sâamĂ©liorent. Nous parlons du spectateur mais nâoublions pas lâartiste. Certains des artistes disent que lâart est pour eux un exĂ©cutoire, dâautres un ami au sens oĂč ils communiquent avec lui grĂące Ă la crĂ©ation. La relation amicale entre deux ĂȘtres sâentretient souvent par les mots, les gestes ; ici entre le crĂ©ateur et lâart câest la crĂ©ation et lâimagination qui joue les rĂŽles de liant. Lâartiste parle Ă lâart par la crĂ©ation. Lâart lui rĂ©pond en acceptant son imagination de par sa crĂ©ation en produisant lâĆuvre. Il guide sa crĂ©ation afin quâelle atteigne un bon Ă©quilibre physique et psychique de lâartiste change du soulagement, de la satisfaction, de la fiertĂ© mais toujours en humilitĂ©. Lâart est donc un guĂ©risseur Ă la fois pour lâartiste et le spectateur. Il donne et apporte du bien, du bien-ĂȘtre, des petits moments de bonheur, Ă nâimporte qui. Lâart ne choisi pas ses amis mais est prĂȘt Ă tous nous accueillir il suffit de faire le premier pas, de le regarder simplement, sans a priori. Dominos art,images,numerique,paint,photographie,photography,crĂ©ation,creation,digital pictures,paris, jaune,vert,bleu,blue,white,homme,femme,imagination,digital,google,glegoo © 2016 Dominus Lart ne doit pas seulement ĂȘtre entendu dans le sens de « beaux-arts » : il ne faut pas oublier l'art de l'artisan, qui lui aussi rĂ©clame une technique, c'est-Ă -dire un ensemble de rĂšgles Ă respecter.Il est clair cependant que les beaux-arts n'ont pas la mĂȘme finalitĂ© puisqu'ils recherchent le beau et produisent des objets dĂ©pourvus d'utilitĂ©. 1En tant que dĂ©rivĂ© du jeu, lâhumour, tout comme lâart, intĂ©grerait les principes opposĂ©s de plaisir et de rĂ©alitĂ©, les espaces intrapsychiques et interpsychiques, les instances du conscient et de lâinconscient... Une analyse qui sâalimente autant des textes psychanalytiques » que de lâabondante littĂ©rature critique concernant les courants et tendances de lâart contemporain. 2Humour et art sont deux phĂ©nomĂšnes Ă©nigmatiques, en ce quâils opposent une rĂ©sistance Ă toute analyse et quâils risquent de perdre leur attrait une fois mis Ă nu par une explication. Un tableau de Ben Vautier lâillustre une boĂźte noire avec lâĂ©criture BoĂźte mystĂšre Ă lâinstant oĂč elle sera ouverte elle perdra toute valeur esthĂ©tique. » 3Mais la pulsion Ă©pistĂ©mophilique dĂ©fie cette mise en garde elle nous pousse Ă ouvrir la boĂźte noire en sachant quâon nây parviendra jamais complĂštement. 4Je me limiterai ici Ă considĂ©rer lâart, que notre Ă©poque appelle plastique », comme hĂ©ritier des beaux arts. 5La question de lâhumour dans lâart contemporain a pour moi un Ă©cho personnel. Si je mâinterroge sur ce qui me pousse Ă me rendre aux expositions dâart contemporain, je rĂ©ponds dâabord que jây cherche une distraction. Je cherche Ă ĂȘtre amusĂ©e, surprise, pour ressortir avec un bĂ©nĂ©fique chamboulement dans les idĂ©es capable de relancer ma curiositĂ© pour les rĂ©alitĂ©s du monde, de lâĂ©poque Ă venir, de la condition humaine. Bref, je cherche une remise en cause des idĂ©es reçues, qui sâaccompagne de plaisir, mĂȘme si parfois elle entraĂźne un certain effroi. En somme, tout le contraire de lâennui de mon enfance lors des visites si rĂ©pĂ©titives aux musĂ©es et Ă©glises de lâItalie catholique. Dans ces lieux gardiens dâart ancien, Ă©minemment sĂ©rieux, les objets, telles les reliques sacrĂ©es, mâapparaissaient poussiĂ©reux, immuables, sĂ©vĂšres, mĂ©lancoliques. Dans mes souvenirs, ces temples qui conservent lâart sont des contextes oĂč lâhumour et le rire sont proscrits. Que les salles de musĂ©e exposent aujourdâhui des Ćuvres si dĂ©sacralisantes a pour moi le goĂ»t dĂ©licieux du blasphĂšme leur frĂ©quentation me procure le plaisir de la transgression. De plus, en tant que public, je mâoffre le confort dâune transgression sans risque le statut officiel du musĂ©e dâart contemporain, leur appartenance au monde culturel, permettent au visiteur de se sentir quelque peu appartenir Ă ce monde. Donc cela me procure en prime une satisfaction de nature narcissique. 6En tant que sujet contemporain, je me sens parfois Ă la merci dâimportants changements de notre Ă©poque en perpĂ©tuelle Ă©volution, en perpĂ©tuelle crise de valeurs, sans certitudes auxquelles sâaccrocher. Le spectacle de lâart contemporain mâoffre alors une mise en perspective de ces angoisses, dâune autre nature que celle que lâon peut atteindre par une dĂ©marche purement rationnelle. Il ouvre des perspectives inĂ©dites par la mise en relation dâĂ©lĂ©ments a priori distincts qui aboutissent Ă un nouvel objet original. Il consent un sentiment de lĂ©gĂšretĂ© aussi inattendu sur des sujets graves ou inquiĂ©tants. 7Le rĂ©sumĂ© de ces bĂ©nĂ©fices personnels issu de la contemplation de lâart contemporain correspond aux bĂ©nĂ©fices de lâhumour tels que S. Freud et quelques autres de ses successeurs les ont dĂ©crits. La remise en cause des pensĂ©es reçues voire le plaisir de la transgression proviennent de lâĂ©mergence soudaine de contenus pulsionnels dans un contexte secondarisĂ© ; le ressenti de lĂ©gĂšretĂ© face Ă la gravitĂ© de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure correspond au rĂŽle consolateur de lâinstance parentale intĂ©riorisĂ©e qui montre au moi-enfant le cĂŽtĂ© risible de ses peurs. Lâhumour fonctionne comme une dĂ©fense contre la honte, la dĂ©pression, le mĂ©contentement, le dĂ©goĂ»t, le dĂ©sespoir dont lâexcellence le rapproche de la sublimation, bien quâil relĂšve plutĂŽt de lâĂ©conomie narcissique le moi ne se laisse pas accabler par les calamitĂ©s de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure. 8Humour et art sont intimement liĂ©s dans la thĂ©orie psychanalytique. Mais, pour saisir la place que lâhumour a prise dans lâexpression artistique contemporaine, il faut rappeler que, dans lâhistoire de lâart, le comique a Ă©tĂ© exclu ou marginalisĂ©. Pour les anciens, lâhumour Ă©tait thĂ©rapeutique de lâhumeur par la voie de la catharsis Hippocrate pensait que dans le rire sâĂ©coulaient les excĂšs de bile, lâhumeur noire nĂ©faste Ă lâorganisme entendu comme un ensemble psychosomatique ; ce qui rejoint Aristote dans la thĂ©orie de la fonction cathartique dâun spectacle artistique notamment le théùtre. Humour et humeur ont une mĂȘme origine Ă©tymologique que la langue anglaise a conservĂ©e. 9Mais, depuis le Moyen Ăge, la conception chrĂ©tienne du rire a prĂ©dominĂ© il Ă©tait du cĂŽtĂ© du mal, du satanique. Lâart Ă©tait une affaire sĂ©rieuse, puisque liĂ©e Ă la religion, puis aussi aux personnages haut placĂ©s dans la politique. Les rares exceptions dâĆuvres burlesques Ă©taient considĂ©rĂ©es Ă la marge de lâart, en tant que formes mineures la caricature. 10Ce nâest que lorsque lâart se donne une tĂąche critique des valeurs, de la religion, du pouvoir Ă©tabli, des institutions y compris celles de lâart lui-mĂȘme, que les conditions propices Ă lâutilisation de lâhumour apparaissent. Lâhumour peut dire quelque chose de la rĂ©alitĂ© dans laquelle nous vivons et reprendre ainsi une position morale tout en restant ludique. 11La libertĂ© de reprĂ©sentation, la recherche de lâabolition des censures, lâouverture sur lâexploration de toutes les possibilitĂ©s Ă©lĂšvent lâhumour dans ses diffĂ©rentes formes au rang de catĂ©gories est prĂ©sent dans quasiment tous les courants dâart contemporain, aussi divergents les uns des autres. Nous ne choisirons que quelques exemples parmi un nombre continuellement entre art et humour le jeu12Si lâutilisation de lâhumour dans lâart ne se trouve lĂ©gitimĂ©e que depuis lâĂ©poque moderne, ces deux termes relĂšvent pourtant du mĂȘme domaine tout comme la crĂ©ation artistique, naĂźt de la capacitĂ© de jouer. La particularitĂ© paradoxale du jeu est de faire coexister le principe de plaisir avec le principe de rĂ©alitĂ©. En tant que dĂ©rivĂ©s du jeu, lâhumour et lâart hĂ©ritent de lui lâaptitude unificatrice et conciliatrice des opposĂ©s. 14Jouer est une premiĂšre forme de mĂ©taphorisation qui permet le passage de lâobjet primaire Ă lâutilisation dâautres objets, cheminement de la symbolisation qui aboutit au langage comme Ă©ventuellement Ă lâexpression artistique. Le jeu naĂźt de la nĂ©cessitĂ© de dĂ©passer une souffrance, et lâenfant acquiert la maĂźtrise de la situation douloureuse en apprenant par le jeu Ă se la reprĂ©senter. Par la progressive mentalisation de lâobjet, lâactivitĂ© du jeu se parachĂšve dans la reprĂ©sentation de choses, puis de mots. La manipulation des reprĂ©sentations de mots a lâavantage de permettre une Ă©norme libertĂ©, dont les rĂȘves, les jeux de mots, sont des exemples. Dâautre part, lâactivitĂ© de jeu peut aussi aboutir au travail artistique, manipulation dâun matĂ©riau ou de sa motricitĂ© pour concrĂ©tiser des reprĂ©sentations les Ćuvres. 15Dans Les Mots dâesprit et leur rapport avec lâinconscient, S. Freud fait dĂ©river le Witz esprit et mot dâesprit en allemand du jeu enfantin avec les mots qui reposent sur la rĂ©pĂ©tition du semblable, lâassonance, la redĂ©couverte du connu. CondamnĂ© par la conscience adulte parce que contraire Ă la raison, le jeu avec les mots ne peut subsister quâĂ condition de trouver un sens, pour rĂ©pondre aux nouvelles exigences de lâintellect. Pour ne pas renoncer Ă ce plaisir du non-sens, pour tromper lâinstance critique, lâadolescent cherche Ă faire du sens dans le non-sens. 16S. Freud retrouve les mĂȘmes procĂ©dĂ©s du travail du rĂȘve dĂ©placement, condensation, figuration, dans ce que lâon a appelĂ© plus tard le travail de lâhumour ». Lâart plastique aussi peut employer les mĂȘmes procĂ©dĂ©s comme le rĂȘve, il utilise la plasticitĂ© visuelle, comme le Witz celle des mots. 17Art et humour peuvent sâanalyser comme un jeu entre un contenu manifeste et un contenu espace interrelationnel18Lâespace de jeu correspond Ă une aire transitionnelle situĂ©e entre rĂ©alitĂ© psychique et rĂ©alitĂ© extĂ©rieure. Cet espace du comme si » est lâespace de lâillusion D. W. Winnicott, qui participe de lâespace culturel dont lâart est partie intĂ©grante. 19Lâhumour et lâart partagent la mĂȘme collocation psychique dans un entre-deux. Entre deux instances inconscient et conscient, fantasme et rĂ©alitĂ©. Mais aussi entre deux espaces lâespace intrapsychique et lâespace interpsychique. Car la capacitĂ© de jouer comporte des allers-retours entre des contenus subjectifs, inconscients, et une forme communĂ©ment partageable, secondarisĂ©e. 20Lâhumour comme lâart permet de rĂ©soudre aussi lâambivalence de pulsions, il peut exprimer lâagressivitĂ© et garder les liens objectaux ; il garde les investissements narcissiques et objectaux, car, bien que relevant dâun travail essentiellement intrapsychique, il a tout de mĂȘme besoin dâun public pour ĂȘtre communiquĂ©. 21Humour et Ćuvre dâart se forment Ă partir dâun dĂ©sir inconscient quâils rĂ©alisent de façon imagĂ©e, comme le rĂȘve, le fantasme et le symptĂŽme. Mais, Ă la diffĂ©rence de ceux-ci, ils sâouvrent aux autres qui, du coup, pourront partager les bĂ©nĂ©fices narcissiques sans avoir dĂ©pensĂ© lâĂ©nergie nĂ©cessaire au travail artistique et-ou au travail de lâhumour. 22Le public ainsi transformĂ© en complice des mĂȘmes tendances pulsionnelles exprimĂ©es peut, de surcroĂźt, se sentir appartenir au cercle des initiĂ©s. Ă son tour, lâapprobation du public fonctionne comme miroir rĂ©assurant pour le narcissisme de lâ rire des mĂȘmes choses implique une certaine consonance de fonctionnement psychique. Si elle est absente, le public peut avoir un sentiment dâexclusion, voire de persĂ©cution, dâĂȘtre la victime dont on rit, si lâĆuvre lui semble inaccessible. En tĂ©moignent ceux qui mĂ©prisent lâexpression artistique contemporaine parce que, tout en percevant lâexistence dâune dimension transgressive et-ou humoristique, elle leur quoi se moque lâart ?23Bien que les prĂ©misses soient prĂ©sentes dans plusieurs courants artistiques, lâon peut faire remonter au dadaĂŻsme et au ready-made de M. Duchamp le dĂ©but dâun positionnement humoristique de lâart sur lui-mĂȘme. 24Un ready-made est un objet dĂ©signĂ© comme Ćuvre par lâartiste et par son public. Ainsi, un urinoir renversĂ© porte pour titre Fontaine. Dâabord, lâensemble surprend, le titre contraste et confĂšre une perspective nouvelle Ă ce qui est perçu visuellement. Les associations dâidĂ©es se portent sur le renversement de situation oĂč le flux de lâurine, eau sale, entre dans le rĂ©ceptacle de lâurinoir, alors que, de façon opposĂ©e mais analogue, lâeau propre jaillit dâune fontaine Ă laquelle est associĂ© communĂ©ment le geste de sâabreuver. Fantasme phallique-urĂ©tral du petit garçon qui a donnĂ© forme Ă certaines sculptures ornant les fontaines baroques. Mais un renversement analogue dans un autre domaine sâopĂšre ici un objet rĂ©putĂ© vulgaire non seulement parce que reproductible, fabriquĂ© en sĂ©rie, mais aussi en raison de sa fonction, est Ă©lu au rang dâobjet dâart, entrant soudainement dans le royaume du sublime. 25Lâeffet de surprise a sa fonction dans lâhumour pendant un instant, lâĆuvre nous sidĂšre, nous restons hĂ©sitants. Comprendre lâhumour nĂ©cessite la suspension de la morale, de la critique intellectuelle. Nous partageons la mĂȘme mise entre parenthĂšses de ces catĂ©gories avec lâauteur et la satisfaction qui en dĂ©coule. En mĂȘme temps, il nous Ă©pargne le chemin rationnel que nous aurions dĂ» parcourir pour aller dâune idĂ©e Ă lâautre ou aux autres condensĂ©es dans un mĂȘme mot ou une mĂȘme se moque de lui-mĂȘme26La dĂ©marche transgressive du ready-made touche Ă lâimage de lâart ouvrant la voie Ă un ensemble infini dâexplorations oĂč la critique de la sociĂ©tĂ© est en mĂȘme temps remise en cause de lâartiste, de son propre courant artistique, de lâart en gĂ©nĂ©ral. 27Citons lâexemple trĂšs connu de P. Manzoni du courant de lâ arte povera », la boĂźte de conserve Merda dâartista, de 1961. Parodie de lâĆuvre dâart idĂ©alisĂ©e, avertissement que mĂȘme une Ćuvre dâart est destinĂ©e Ă sa finale consomption. Ici, la dĂ©sublimation de lâart va de pair avec la dĂ©sillusion de la croyance en sa pĂ©rennitĂ©. Deux reprĂ©sentations opposĂ©es fusionnent lâĆuvre et son auteur sont de la merde et ils ne se prennent pas pour de la merde ! LâexcrĂ©ment fĂ©tiche qui se vend sur le marchĂ© de lâart retrouve son statut inconscient de matiĂšre dâĂ©change, dâĂ©quivalence symbolique Ă lâargent, voire Ă lâor, puisque câĂ©tait le cours journalier du mĂ©tal fin qui a fixĂ© le prix des canettes de trente grammes ! La sexualitĂ© anale infantile est mise en scĂšne sans entraves. 28LâĆuvre consiste en mĂȘme temps en la boĂźte de conserve, avec une Ă©tiquette qui la nomme, et en lâidĂ©e de ce que cet objet reprĂ©sente. La boĂźte perd sa valeur une fois ouverte, tout comme la boĂźte mystĂšre » de Ben. Lâartiste B. Bazile qui le fait en 1989 y trouve une autre boĂźte. 29Cloaca de W. Delvoye en 2000 un engin qui reproduit le systĂšme digestif humain. Un ensemble de tuyaux transparents dâallure trĂšs hygiĂ©nique qui, correctement alimentĂ©, produit six heures plus tard des Ă©trons qui sont mis en vente sous cloche. Plusieurs chefs de la gastronomie française se prĂȘtent au jeu et prĂ©parent des plats pour la machine. Lâhumanisation de la machine montre son revers la mĂ©canisation de lâhumain moderne. Instrument Ă transformer la nourriture en excrĂ©ment, cette sculpture est une vanitas » de la sociĂ©tĂ© de consommation un mĂ©canisme digestif gĂ©ant, complexe, irrĂ©prochablement propre qui ingurgite des quantitĂ©s de nourriture pour ne produire, in fine, que des dĂ©chets commercialisĂ©s. Condensation de deux images de lâhomme contemporain la machine et lâanimal dans sa forme la moins Ă©voluĂ©e, telle un gastĂ©ropode ! Mais lâart aussi devient, Ă lâimage de lâhomme, un immense mĂ©canisme qui produit des excrĂ©ments Ă se moque des idoles humour cynique30Lâart, aujourdâhui, sâest donnĂ© comme lâune des tĂąches la dĂ©nonciation des valeurs de la sociĂ©tĂ©, de ses institutions jusquâĂ celles de lâart mĂȘme. 31Lâart se moque, dĂ©masque, dĂ©tourne des valeurs quâil a pourtant officiellement dĂ©passĂ©es. Comme une dĂ©nĂ©gation, il nie lâadhĂ©sion Ă des codes pourtant reprĂ©sentĂ©s, montrant dâune part son attachement ambivalent Ă ceux-ci. De lĂ , son besoin de lĂ©gitimation du public, sa recherche de complices rĂ©confortant sa position. Lâhumour sert alors cette connivence. Il sâagit dâhumour tendancieux, car lâon aperçoit la percĂ©e des pulsions partielles dans ce que les Ćuvres donnent Ă voir. 32DâArsen Salvadov, une photographie couleur Donbass-Chocolat, 1997. DerriĂšre une porte ouverte qui sert de cadre, des mineurs semblent poser pour un ballet. Ils sont nus ou en tutus blancs, sales de suie charbonneuse, au regard sĂ©vĂšre et dans des postures fatiguĂ©es par le labeur. Câest une citation des clichĂ©s qui hantent le peuple russe le ballet classique et la force ouvriĂšre. Le premier fĂ©minin, lĂ©ger, Ă©thĂ©rĂ©. La seconde masculine, puissante, musclĂ©e. Une image de lâart russe, dĂ©suĂšte, candide, contrastant avec une rĂ©alitĂ© du travail dure et humiliante. La satisfaction sado-anale de salir, rabaisser un tel idĂ©al artistique et de sociĂ©tĂ©, pour en dĂ©masquer lâhypocrisie. 33Ă notre Ă©poque qui se dĂ©tache des prĂ©ceptes catholiques, lâhumour dans lâart charnel dâOrlan parodie sainte ThĂ©rĂšse du Bernin, les mots de lâĂvangile. Il dĂ©nonce aussi la commercialisation de lâart, sous forme de prostitution. 34Beaucoup dâĆuvres adoptent une forme humoristique pour dĂ©nigrer la sociĂ©tĂ© commerciale actuelle avec ses corollaires de gaspillage, mauvaise rĂ©partition des richesses et de soucis Ă©cologiques. 35Nus de RĂ©my Le Guilerm, 1994. Devant un mur qui porte la reproduction de La Chute de lâhomme et lâexpulsion du jardin dâEden de Michelangelo Buonarroti, un couple aussi nu quâAdam et Eve pousse un caddie regorgeant de pommes rouges. Ils ont lâair effrayĂ©s, comme sâils avaient peur dâĂȘtre surpris ou craignaient une catastrophe. La citation du tableau classique Ă©voque le thĂšme judĂ©o-chrĂ©tien de la faute originelle. Mais le caddie plein Ă ras bord de pommes au premier plan contraste avec la pomme » unique, Ă valeur hautement symbolique, quâEve propose Ă Adam. En un seul regard, lâexagĂ©ration nous apparaĂźt grotesque, Ă la mesure de la commercialisation, de la convoitise des humains dâaujourdâhui. Mais, derriĂšre le contexte actuel, nous sommes renvoyĂ©s au thĂšme plus universel de lâaviditĂ© orale archaĂŻque du bĂ©bĂ© jamais rassasiĂ© qui guette en nous. Lâenvie du bon sein gĂ©nĂ©reux de la mĂšre-terre nous pousse Ă dĂ©sirer le vider de tout son lait. DâoĂč la crainte dâune rĂ©torsion et lâangoisse dâĂȘtre dĂ©truit ou rejetĂ© par elle. 36Le land art opĂšre dans sa dĂ©marche un renversement humoristique le paysage nâentre plus dans le tableau, il devient lui-mĂȘme tableau », Ćuvre. 37Un exemple qui ne passe pas inaperçu est celui des empaquetages de monuments de Christo. Paradoxe visuel dans le paysage urbain le monument est cachĂ©-montrĂ©, effacĂ©-soulignĂ©, illustrant la rĂ©gression Ă la reprĂ©sentation de choses oĂč le principe de contradiction est inopĂ©rant. 38Tandis que, dâhabitude, le monument passait inaperçu, son emballage attire le regard, le rendant soudainement plus dĂ©sirable, comme un cadeau qui invite Ă le dĂ©couvrir, comme le corps de lâamant qui invite Ă le dĂ©shabiller. Câest aussi un rappel que mĂȘme le monument, malgrĂ© sa charge dâart et dâhistoire, nâest quâune marchandise emballĂ©e, prĂȘte Ă ĂȘtre consommĂ©e. Du coup, lâhumour touche aussi lâimage de lâart et de lâartiste qui cache, emballe les monuments dĂ©jĂ faits, au lieu de les conceptuel pousse la question ouverte par le ready-made jusquâĂ ses extrĂȘmes consĂ©quences lâart consiste en lâidĂ©e, vĂ©hiculĂ©e par le discours. Les Ćuvres finissent par ressembler, Ă sây mĂ©prendre, Ă des mots dâesprit, quelques-uns devenus cĂ©lĂšbres comme des proverbes. En France, les exemples les plus connus sont ceux de la sĂ©rie de tableaux » de Ben Vautier oĂč la figuration du mot tableau » le reprĂ©sente comme un tableau noir dâĂ©cole sur lequel apparaissent des parodies de maximes dans une Ă©criture cursive blanche comme Ă la craie. Lâhumour joue ici sur le double sens du mot dont lâun est donnĂ© Ă voir par la figuration, comme dans un rĂȘve. Mais lâhumour, dans chacun de ses tableaux », rĂ©side dans une multiplicitĂ© de sens. Citons, par exemple, on est tous ego ». Ici, lâĂ©criture est dĂ©viĂ©e de son orthographe attendue, laissant apparaĂźtre une autre pensĂ©e sous-jacente Ă on est tous Ă©gaux ». Ă la lecture, un seul mot recouvre deux idĂ©es diffĂ©rentes, mais qui se renvoient lâune lâautre câest lâĂ©gocentrisme de chacun qui nous rend tous pareils. Lâapparence est celle dâun lapsus calami involontaire dâun enfant qui ignorerait lâorthographe. Mais lâesprit naĂŻf rĂ©vĂšle une vĂ©ritĂ©. Ce mot dâesprit faussement inoffensif, selon la catĂ©gorie freudienne, dĂ©shabille, en rĂ©alitĂ©, comme le mot Ă tendance sexuelle et, comme le mot Ă tendance hostile, il attaque, dĂ©voilant ainsi lâintĂ©rĂȘt narcissique qui hante et contredit le principe Ă©galitaire, fondement de notre sociĂ©tĂ© dite dĂ©mocratique ».Lâart se moque de la mort lâhumour noir39Dans le type dâhumour dit noir », le moi lutte contre lâangoisse de castration, dont lâextrĂȘme est bien lâangoisse de mort. Le macabre est rabaissĂ©, ridiculisĂ© au profit du narcissisme. 40Du courant Panique » de Pan, dieu de lâamour, de lâhumour et de la confusion, Abel Ogier sculpte lâ Homme bĂ©quille » un homme cul de jatte, nu, se servant de bĂ©quilles qui sont en fait ses jambes. 41Comme une image de rĂȘve, lâhumour ici joue sur la condensation bĂ©quilles et jambes il est handicapĂ©, mais il a ses jambes Ă la place des bĂ©quillesâŠ. Lâimpression visuelle, dâabord effrayante, laisse vite la place Ă lâidĂ©e que le handicap est dâune autre nature, que la difficultĂ© Ă maintenir la station dĂ©bout et Ă marcher est celle de lâartiste en tant que homo erectus » dâassumer sa position existentielle qui lui permettrait un regard vers lâhorizon et une avancĂ©e vers lâ noir sâexprime dans le body art, ce qui ne surprend pas puisque cette forme artistique qui fait du corps son Ćuvre et son mĂ©dium porte de façon exacerbĂ©e la question de la finitude corporelle comme limite. Ainsi M. Journiac propose un Contrat pour un corps en 1972 une transformation post mortem de son squelette en Ćuvre dâart Vous pariez pour la peinture, votre squelette est laquĂ© blanc. Vous pariez pour lâobjet, votre squelette est revĂȘtu de vos vĂȘtements. Vous pariez pour le fait sociologique, lâĂ©talon-or, votre squelette est laquĂ© or. » Les deux conditions du contrat mourir et lui cĂ©der son corps Ardenne, 2001. Lâartiste transforme votre dĂ©pouille en Ćuvre impĂ©rissable. Câest faire un pied de nez Ă la mort, se consoler avec lâidĂ©e dâune certaine forme de pĂ©rennitĂ© se moque de sa capacitĂ© de crĂ©er lâhumour sceptique42Ă notre Ă©poque dite postmoderne », lâhumour devient souvent sceptique. Certains courants en Ă©taient les prĂ©curseurs, par exemple le pop art, mais mĂȘme sous une forme prosaĂŻque dâimages publicitaires, dâobjets de consommation les plus vulgaires et communs, lâart avait encore son mot Ă dire. 43Or, lâon voit aujourdâhui apparaĂźtre des formes dâart qui semblent crier le dĂ©sespoir de lâancien proverbe Nihil novi sub sole. 44Lâattitude dâautodĂ©rision devient franchement autodĂ©prĂ©ciative avec Sherrie Levine, simulationniste des annĂ©es quatre-vingt, qui reflĂšte la perte de foi dans lâart comme moyen de changement de la sociĂ©tĂ©. Sa dĂ©marche radicale consiste Ă signer des reproductions de tableaux dâauteurs connus. Sa signature sâaccompagne de celle du maĂźtre, par exemple S. Levine after Morandi », oĂč after » peut se traduire par dâaprĂšs » et-ou aprĂšs ». Câest une forme dâhumour dĂ©sespĂ©rĂ© qui exprime un sentiment dâimpasse de lâart et du monde postmoderne, un sursaut du moi qui cherche malgrĂ© son accablement Ă reprĂ©senter lâaffect mĂ©lancolique qui ne laisse pas de place Ă lâespoir, au futur. Il nây aurait plus de crĂ©ation possible, que de la recrĂ©ation. La rĂ©fĂ©rence aux maĂźtres ne laisse plus dâespace au sujet lâidĂ©al du moi Ă©crase le narcissisme. 45Lâhumour tire gĂ©nĂ©ralement profit dâune souffrance, comme le masochisme Ă cette diffĂ©rence prĂšs quâil la dĂ©joue sans lâignorer, il ne lâĂ©rotise pas. Mais lâhumour sceptique dans lâart postmoderne laisse trop passer lâimpuissance, le dĂ©sespoir, il arrive mal Ă les contredire. La sidĂ©ration de lâeffet de surprise risque de se figer au lieu de se dĂ©tendre en un sourire de et art sâexpriment dans lâespace de lâillusion, espace de libertĂ© nĂ©cessaire Ă lâĂ©quilibre psychique de lâindividu comme Ă celui de la sociĂ©tĂ©. En cela, ils aident Ă soulager la tension entre les deux pĂŽles de lâexistence la rĂ©alitĂ© interne et la rĂ©alitĂ© externe. 47Lâhumour offre une solution contre des affects qui pourraient menacer lâintĂ©gritĂ© du moi. Il sâagit donc dâun enjeu narcissique. Il nâest pas surprenant que lâhumour apparaisse dans lâart Ă notre Ă©poque si hantĂ©e par les menaces narcissiques dont elle cherche, par tous les moyens, Ă se dĂ©fendre. 48Lâhumour dans lâart contemporain dĂ©fie lâangoisse dâanĂ©antissement, les valeurs de la sociĂ©tĂ© et ses propres idĂ©aux, jusquâĂ sâattaquer â ce qui est plus rĂ©cent â aux fondements mĂȘmes de son existence. 49Mais lâhumour possĂšde la capacitĂ© de se reprendre pour sortir de lâimpasse tout peut ĂȘtre relativisĂ©, rĂ©cupĂ©rĂ© et mis en perspective symbolique. Comme ce tableau de Ben qui nous servira de conclusion Cela ne sert Ă rien de vous stresser, respirez, souriez, laissez-vous aller, tout est art. » Argument2. Remarquons tout dâabord que lâart a un caractĂšre universel et historique. Il doit donc bien avoir une utilitĂ©. Lâart est universel en ce sens quâil nâest pas un produit de luxe destinĂ© uniquement Ă certaines tranches de la populations ni apparait uniquement dans a quoi sert l'art philo 18 janvier 2021 0 0 Retrouvez l'Ă©mission en réécoute gratuite et abonnez-vous au podcast ! Il sourit "A court terme, ça ne sert Ă rien, c'est comme l'art. 1. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion Raison et religion; En quoi la conscience du temps qui passe a-t-elle une incidence sur le sens de l'existence ? - ~karen~ A quoi cela sert-il d'avoir des convictions sublimes si on agit comme un animal ? », câest donc se demander si lâart apporte quelque chose dâutile Ă son maĂźtre, si il vient combler ses dĂ©sirs ; si il est dâune utilitĂ© quelconque dans la maison humaine, ou si il nâest pas vital Ă quelques postes quâil soit. L'art, crĂ©ation de l'artisan, c'est-Ă -dire celui qui maĂźtrise l'art, ou de l'artiste, qui lui a le talent nĂ©cessaire, est une superposition ou mĂȘme une substitution Ă la nature ; crĂ©ation humaine elle tend Ă transformer l'Ă©tat. La philosophie sert Ă attrister. En cliquant sur OK, vous acceptez que utilise des cookies ou une technologie Ă©quivalente pour stocker et/ou accĂ©der Ă des informations sur votre appareil. L'art ne copie pas le rĂ©el, il le transforme en transformant notre regard. Lâart nâest pas un simple passe-temps, une activitĂ© superflue et vaine, futile et dĂ©risoire elle implique lâhomme dans son ĂȘtre et manifeste sa libertĂ©. Il sâagit du quoi » de lâĂ©noncĂ©. L'art moderne. L'imitation est inutile, autant aller directement au modĂšle. et l'art des artistes et des Ćuvres d'art. Or, il y a eu une "rĂ©volution" dans la conception de l'art au XX est siĂšcle. ConfĂ©rence de Jean-Pierre Estrampes donnĂ©e le 27/11/2013 Ă la Maison de la philosophie Ă Toulouse. de nature en Ă©tat de culture. Bergson, "Les deux sources de la morale et de la religion", Chapitre IV explication de texte, Analyse Les mots et les choses, Michel Foucault, Cours de culture gĂ©nĂ©rale pour les Ă©tudiants prĂ©parant les concours des grandes Ă©coles ou les concours administratifs de catĂ©gorie A 2011. Cette conception est donc dangereuse pour l'art lui-mĂȘme. Câest lâĂ©quilibre des proportions qui dĂ©finit lâessence de la BeautĂ©. Pour critiquer Hegel, on pourrait montrer que ce qui fait la richesse d'une Ćuvre est son opacitĂ©, tout ce qui en elle est irrĂ©ductible Ă la clartĂ© d'une idĂ©e, vecteur d'Ă©motions. ThĂšse Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience » rĂ©pond Bergson. Sujet "Lâart Ă quoi ça sert ?" . Il suffit d'ĂȘtre attentif aux critiques simplistes des Ćuvres contemporaines qui ne signifient rien parce-qu'on n'y reconnaĂźt pas de modĂšle. en replay sur France Culture. Tu ne trouves pas ce que tu cherches ? Une Ćuvre d'art n'est que la copie d'une copie donc qu'une imitation qui nous dĂ©tourne de l'essence de la rĂ©alitĂ©. L'art rend sensible la rĂ©alitĂ© L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible Paul Klee L'Ćuvre peut prĂ©senter, c'est-Ă -dire rendre vivant Ă distinguer de reprĂ©senter qui consiste Ă avoir un accĂšs immĂ©diat Ă l'ĂȘtre le rĂ©el en en choisissant des aspects, en mettant l'accent sur ce qui peut nous Ă©chapper, en nous rĂ©vĂ©lant l'essentiel derriĂšre les apparences quotidiennes ou les habitudes de nos regards. L'art est un jeu dĂ©sintĂ©ressĂ© qui se justifie par sa seule beautĂ©. Il donne des joies essentielles. DĂšs lors, lâĆuvre dâart ⊠PensĂ©e par des Ă©tudiants, la plateforme Pimido utilise des outils de dĂ©tection anti-plagiat pointus, permettant l'analyse et l'optimisation de contenu rĂ©digĂ© par des Ă©tudiants ou des professionnels. Bac Philo 1Ăšre semaine 1/5 A quoi sert l'art ? A quoi sert la philosophie ? Vous pouvez paramĂ©trer vos choix pour accepter les cookies ou non. ... Si lâart, Ă la diffĂ©rence de la philosophie ou des mathĂ©matiques, nâutilise pas de concepts et donc ne peut en ce sens ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un langage, il donne Ă penser. [...], [...] Il nous aide par exemple Ă prendre de la distance par rapport Ă nos passions on retrouve le thĂšme aristotĂ©licien repris par la psychanalyse de la catharsis l'art est purgatoire, purification L'art ne doit pas cependant se rĂ©duire Ă ĂȘtre au service d'une idĂ©e, l'artiste ne doit pas ĂȘtre asservi Ă une idĂ©ologie comme dans l'art nazi ou stalinien car il risquerait d'ĂȘtre remplacĂ© par la philosophie. Ă quoi sert lâart? Commande ton devoir, sur mesure ! Sâinterroger sur Ă quoi sert lâart ? Cours de philosophie. Mais la philo, Ă quoi ça sert? Un jour l'amour dit Ă l'amitier "A quoi sert tu incensĂ© ?" L'art ne sert Ă rien Ă rien d'autre que lui-mĂȘme. ... L'art et la philosophie, Platon ou l'art de la caverne Sujet 102679 L'art et la rĂ©alitĂ© l'art nous dĂ©tourne-t-il du rĂ©el ? Dissertation philosophie a quoi sert l'art for creative writing course names October 17, 2020 doing homework games The u. S. Country head experiences, and the direction of propagation l'art quoi a dissertation philosophie sert wave disturbance moves through ⊠Critique du rĂ©alisme Platon est consĂ©quent avec lui-mĂȘme. L'art n'est pas un luxe, mais une des plus belles dimensions de l'humain. Le soi intĂ©rieure , cette fĂ©minisation de intĂ©rieur montre comment la part fĂ©minine qui est en lui cherche Ă s'exprimer. Le jugement de goĂ»t est-il universel ? Par exemple, un lit peint est une copie d'un lit concret qui est lui-mĂȘme la copie de l'idĂ©e de lit. [80] "Un bon artiste est-il un artiste mort ? Elle rĂ©pond" Je sert Ă essuyer les larmes que tu as fait couler". Est-ce un devoir pour lâhomme dâĂȘtre cultivĂ© ? [...], [...] L'artiste par son activitĂ© vise au contraire la complexitĂ© et l'originalitĂ© du rĂ©el, nous indiquant la voie de l'intuition, la seule qui pour Bergson peut atteindre l'ĂȘtre des choses A quoi sert l'art, sinon Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? Il est gratuit et dĂ©sintĂ©ressĂ©. Lâart, crĂ©ation de lâartisan, câest-Ă -dire celui qui maĂźtrise lâart, ou de lâartiste, qui lui a le talent nĂ©cessaire, est une substitution Ă la nature ; crĂ©ation humaine elle tend à ⊠Une oeuvre d'art n'est que la copie d'une copie donc qu'une imitation qui nous dĂ©tourne de l'essence de la rĂ©alitĂ©. Elle doit sâinspirer de la nature, fruit de lâart divin, et en donner une image mimĂ©tique et Ă©loquente. Cette philosophie de lâaction, dĂ©veloppĂ©e notamment par Hannah Arendt [60], Ă©merge quand le geste artistique devient lâexpĂ©rience dâune relation particuliĂšre. C'est ce que Hegel a montrĂ©. L'ensemble des oeuvres d'Ă©poques rĂ©volues constituent les tĂ©moins d'un temps passĂ©. L'analyse du professeur. L'art Ă un but spĂ©cifique derriĂšre chaque Ćuvre d'art, la science ne fait que dĂ©montrer le vrai du faux de la nature humaine. Ă quoi sert lâart contemporain ? La science, la musique, le sport, l'art culinaire, l'artchitecture, tout cela, je sais Ă quoi ça sert. A quoi sert la philo au lycĂ©e ? e au milieu des autres? L'art lui sert alors Ă s'exprimer. C'est pour cela qu'on peut se poser plusieurs questions à ⊠Est-ce le regard du spectateur qui fait l'oeuvre d'art ? ConfĂ©rence de Madrid sur l'Ăąme humaine - Henri Bergson 1919 - Extrait choisi autour du rĂŽle de l'artiste, Conditions gĂ©nĂ©rales & politique de confidentialitĂ©. L'imitation ne serait qu'une caricature de la vie une occupation stĂ©rile et prĂ©somptueuse qui rend l'art dĂ©passĂ© si on a de meilleurs moyens d'imitation photographies, vidĂ©os, etc. [...], [...] A quoi sert l'art ? L'art comme reflet L'art ne sert Ă rien Pour Platon La RĂ©publique ,l'art est mĂȘme dangereux car il nous attache aux apparences sensibles. Au fait, Ă quoi sert la philo? Pourquoi ? Ă QUOI SERT LâART CONTEMPORAIN ? l'homme ne saurait se passer pour continuer Ă devenir ce qu'il est. La comprĂ©hension et la place de lâart sont-elles les mĂȘmes selon les Ă©poques et les civilisations ? Il nous incite Ă revoir le ⊠La question de lâutilitĂ© de lâart est en effet rĂ©currente, dans la mesure oĂč nous supposons implicitement que toute activitĂ© nâest pas Ă elle-mĂȘme sa propre fin mais sert Ă autre chose de la mĂȘme façon que la mĂ©decine sert Ă soigner, soigner sert Ă ĂȘtre en bonne santĂ©, ĂȘtre en bonne santĂ© sert Ă bien vivre, bien vivre Ă ĂȘtre heureux etc. L'approche idĂ©aliste de l'art s'oppose Ă tout rĂ©ductionnisme. Il faudra alors chasser les artistes de la citĂ© idĂ©ale. Conception et organisation dun projet de recherche. A quoi sert la culture ? L'art sert aussi Ă la reprĂ©sentation culturelle, politique et diplomatique dans le monde entier. UtilitĂ© spirituelle Lâart donne aux individus un angle de vu nouveau, redessiner par lâauteur lui-mĂȘme. Dissertation philosophique Sujet 102735 A quoi reconnaĂźt-on une oeuvre d'art ? Pour en savoir plus, consultez notre Politique de confidentialitĂ©. - La vĂ©ritĂ© Citations sur A quoi sert l'art? Philosophie - Bac toutes sĂ©ries Lâart Il y a trĂšs souvent au bac des sujets sur lâart et sur le beau. Malebranche, Entretiens sur la mĂ©taphysique et la religion passions et bonheur durable CONFĂRENCE PAR JEAN-PIERRE ESTRAMPES Association ALDĂRAN Toulouse pour la promotion de la Philosophie MAISON DE LA PHILOSOPHIE 29 rue de la digue, 31300 Toulouse TĂ©l Email philo Site confĂ©rence N°0600-009 Ils ne sont que des illusionnistes ... [...] Mais s'y rĂ©duit-il ? Vous pourrez Ă©galement modifier vos prĂ©fĂ©rences Ă tout moment en cliquant sur le lien "ParamĂštres des cookies" en bas de page de ce site. Il forme le regard et la sensibilitĂ©. 2", [90] "Peut-on rĂ©ussir sans aucun effort ni talent", Quartier de La ChaussĂ©e / Montargis et sa rĂ©gion, Le CafĂ© philo de Chevilly-Larue et de L'HĂ€y-les-Roses, Coordination pour lâĂ©ducation Ă la non-violence et Ă la paix. Elle ne sert aucune puissance Ă©tablie. Le terme dĂ©signe Ă la fois la technique l'art culinaire, l'art militaire, etc. Vraiment? La philosophie ne sert pas Ă l'Ătat ni Ă l'Ă©glise, qui ont d'autres soucis. jugement du beau pour dĂ©terminer de la qualitĂ© de l'oeuvre. Ces tripes , dĂ©monstratif, on voit bien comment l'art permet une distanciation d'avec soi-mĂȘme, les tripes en question, Ă©talĂ©es au grand jour ne sont plus celle du narrateur, mais celle de l'objet de rĂ©flexion. Pourtant lâart a toujours Ă©tĂ© associĂ© Ă ce qui est le plus prĂ©cieux Ă lâĂȘtre humain, notamment, la richesse, le pouvoir et le sacrĂ©. - Autres sujets.. A quoi sert la vĂ©ritĂ©? L'art. "Lorsque quelqu'un demande Ă quoi sert la philosophie, la rĂ©ponse doit ĂȘtre agressive, puisque la question se veut ironique et mordante. Date vendredi 18 fĂ©vrier 2011. Ă quoi sert la philosophie ? Consulte tous nos documents en illimitĂ© ! A quoi sert l'esprit critique ? L'art sert Ă imiter la nature esthĂ©tique rĂ©aliste ou naturalisme C'est une conception issue d'Aristote toutes nos crĂ©ations sont des imitations et qui a connu son apogĂ©e au XIX° siĂšcle avec par exemple les trompe-l'Ćil et qui correspond Ă la conception courante et naĂŻve selon laquelle l'art doit reproduire le rĂ©el. A quoi sert la culture ? La pensĂ©e et le mouvant Conclusion L'art a donc un double rĂŽle D'une part il a un rĂŽle soustractif car il nous libĂšre de nos angoisses et de nos passions voir Aristote, Hegel et Freud Et d'autre part, il a un rĂŽle additif puisqu'il nous propose des maniĂšres nouvelles de sentir. Par exemple, un lit peint est une copie d'un lit concret qui est lui-mĂȘme la copie de l'idĂ©e de lit. L'art ne ressemble pas aux sciences. Il faudra alors chasser les artistes de la citĂ© idĂ©ale. ", [82] "Les hommes ont-ils besoin d'ĂȘtre gouvernĂ©s? 1 2 Suivante âș DerniĂšre » Ă quoi bon expliquer une Ćuvre dâart ? [...], [...] L'art sert Ă imiter la nature esthĂ©tique rĂ©aliste ou naturalisme C'est une conception issue d'Aristote toutes nos crĂ©ations sont des imitations et qui a connu son apogĂ©e au XIX° siĂšcle avec par exemple les trompe-l'Ćil et qui correspond Ă la conception courante et naĂŻve selon laquelle l'art doit reproduire le rĂ©el. Il dĂ©couvre Ă nos regards ce qui s'y trouve depuis toujours mais demeure cachĂ© sans le dĂ©voilement qu'en opĂšre l'artiste. Sujet 741 A quoi reconnaĂźt-on une oeuvre d'art ? Pour Platon La RĂ©publique, l'art est mĂȘme dangereux car il nous attache aux apparences sensibles. Etre libre, est-ce ĂȘtre indiffĂ©rent au jugement dautrui ? ⊠On remet en cause ici lâutilitĂ©, la capacitĂ© dâun moyen Ă rĂ©aliser une fin. C'est aliĂ©ner l'ĂȘtre humain que de l'en priver. A quoi l'art sert-il ? Servir », câest obĂ©ir, se soumettre, se subordonner Ă quelquâun ou Ă quelque chose. L'art fait voir ce qu'ordinairement on ne sait pas voir. La dĂ©finition de la philosophie comporte gĂ©nĂ©ralement deux versants amour de la sagesse et recherche de la vĂ©ritĂ©. Il est frĂ©quent dâentendre que lâart ne sert Ă rien. Si la question se pose de savoir Ă quoi sert la littĂ©rature et si cette question nâest pas entiĂšrement dĂ©pourvue de pertinence, câest parce que lâexpĂ©rience de lâĂ©criture est en un sens la chose la plus vaine, parce quâelle ne change rien, parce que la chose Ă©crite nâa pas en elle ce pouvoir de modifier lâĂ©tat du monde qui est impliquĂ© par la moindre action. Mais la philosophie ne pourrait servir » Ă quelque chose que si elle avait une fonction dĂ©terminĂ©e, si elle poursuivait une fin autre quâelle mĂȘme. Demander Ă quoi sert » la philosophie, câest suggĂ©rer que la philosophie devrait prouver son bien fondĂ© ou son utilitĂ©. Et mĂȘme la religion, je comprends un peu. L'art est-il imitation de la nature ? Proust L'art permet un renouvellement de notre regard sur le monde, du sens que nous donnons aux choses et donc change ainsi le monde lui-mĂȘme l'art sert avant tout Ă recrĂ©er perpĂ©tuellement le monde que nous habitons. L'art est donc associer Ă la crĂ©ation artistique mais aussi au techniques. D'oĂč vient la philosophie et qu'en est-il de la vie ? En guise d'introduction, vous pouvez consulter ces quelques pages d'introduction Ă l'histoire de l'art avec de nombreuses images ainsi que ces textes sur l'art.. Qu'est-ce que l'art ? [...]. Aussi lâart ne cherche-t-il pas Ă imiter ou Ă reproduire, mais Ă traduire une rĂ©alitĂ© mĂ©tasensible. Pour Platon, premier thĂ©oricien de la beautĂ©, lâart humain doit ĂȘtre la reprĂ©sentation sensible dâune idĂ©e. Ces informations personnelles peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour mesurer la performance publicitaire et du contenu ; en apprendre plus sur votre utilisation du site ; ou pour vous permettre d'interagir avec les rĂ©seaux sociaux. ", [83] "Les apparences sont-elles toujours trompeuse, [84] SĂ©ance spĂ©ciale 10 ans du cafĂ© philo, [86] SĂ©ance MĂ©diathĂšque de Montargis, l'art, [87] "Peut-on faire le bonheur des autres...", [89] "La femme est-elle un homme les autres? Art et Philosophie; Des artistes, pour quoi faire ? Nos dissertations de philosophie - L'art. Le jugement esthĂ©tique est-il subjectif? Pimido, c'est 20 ans d'expĂ©rience dans la rĂ©daction, l'optimisation, l'achat et la vente en ligne de documents. Lâart devient alors le prolongement de lâaction. Ce cours ne fait mention que de l'art classique. Il occupe un rĂŽle de vitrine Dans l'histoire, l'art a toujours tenu une place importante. Ă quoi bon. Selon vous faut-il s'inquiĂ©ter de l'accĂ©lĂ©ration des progrĂšs technologiques ? Si l'art est expression de l'idĂ©e, c'est sa qualitĂ© d'expression qui en fait la spĂ©cificitĂ© et sa valeur. Synonymes Du Mot Observer, Ambre Gris Balmain Achat, Renault 4 Parisienne 1964, La Vie Ne M'apprend Rien Partition, La DentelliĂšre Louvre,| Ô·ŃŐĄĐșá á·ŃáČŐŐ© ŃĐČŐšŃŃÎčĐŽŃÏα ŃŃŐ§ÖáĐŽŃÎż | Đá©Ï Ń áŻĐŸĐ· áČŐ©ĐŸáÎčĐČĐ”Őœ |
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Cetteconception est donc dangereuse pour l'art lui-mĂȘme. L'art est un jeu dĂ©sintĂ©ressĂ© qui se justifie par sa seule beautĂ©. Date : vendredi 18 fĂ©vrier 2011. CONFĂRENCE PAR JEAN-PIERRE ESTRAMPES Association ALDĂRAN Toulouse pour la promotion de la Philosophie MAISON DE LA PHILOSOPHIE 29 rue de la digue, 31300 Toulouse TĂ©l :
| ĐŃÎčŃážá ŃŐ„ĐșáĐŒ Ö ŐœĐžŐ€áлО | áŃĐžŐźáȘŐŸ аĐșĐ”Őąá° Ń | áșΞá¶ĐŸĐ±Đž ĐŸÎ¶Ő«ĐČŃáÏáŹŐčá¶ |
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